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Textes d'Alex Texte de Alex du 20 avril : J'dis pas non

20 avril 2020

Les mots-cadeaux sont : esprit et mordre ; ratatouille aux genoux ; menotte ; danse ; bon sang ne peut mentir ; cerf-volant ,soupir : à contre-courant; songe


J’dis pas non...



Où vas-tu ?


Je ne sais pas, par là-bas, à contre-courant...


Tu pars maintenant ?


Non, je suis partie il y a très longtemps, je ne sais plus bien pourquoi, mais je sais que c’était important..


Important de quoi ?

''Important d’aller à contre-courant ... Tu vois les saumons, s’ils allaient dans le sens du courant ils n’auraient pas d’enfants.''


Et tes enfants à toi ils viennent de là ?

Oui, ils arrivent de tout cela, de toute cette envie de faire autrement..


Et ils poussent bien ?

Bah tu vois c’est comme les pieds de tomates, si tu les plantes allongés, ils font tout pour se redresser et ils deviennent plus fort. Ou alors comme les sapins dans la montagne, pour pousser dans la pente ils s’arc-boutent, et face au vide ils se tiennent debout encore plus fort... 
Et eux alors ? 
Hé bien devant toutes ces différences, ces questions, ces « autres », ils se révèlent, ils inventent, ils respirent aussi..


Ils respirent ?

Oui, c’est comme le cerf-volant, quand le vent le prend il s’adapte à chaque seconde, il va avec la vie, il frétille, il s’oxygène..


Et si on pouvait plus respirer ?


Tu veux dire à cause du virus là ? Ha çà, c’est pas qu’on peut plus respirer parce qu’il est là, c’est plutôt que grâce à lui on se rend compte qu’on a du mal à respirer depuis longtemps, l’air est rempli de drôles de choses, question oxygène pur on est plus trop gâtés. Il paraît qu’il nous faut des respirateurs, mais bon de base on est déjà équipés, deux bons poumons c’est pas rien... Mais c’est un peu comme un aspirateur qui avale du plâtre, après il songe plus trop à mordre la poussière.... Ah les particules fines...


Ton esprit il fait toujours cette drôle de danse ?


Tu veux dire ce vagabondage ? Si il peut faire des ricochets, oui, mais sans toi c’est plus compliqué, tu me manques...J’aimerais bien sentir ta menotte dans la mienne, pas juste y songer..


Pourquoi je te manque ?


Je sais pas bien te le dire. C’est un peu comme si t’étais un peu de moi, et du coup sans toi je sens un vide tout autour, et même à l’intérieur...


Mais on va se revoir, après ?


Bah j’sais pas bien, j’suis pas trop douée pour inventer tout ça moi, la vie des gens qui vont à l’endroit, qui se rencontrent, qui s’invitent, qui osent..toujours peur de gêner... Je comprend mieux les chevaux..


Et si c’était moi qui inventais tout ça ?


J’dis pas non...

Commentaires 2

  • Frédérique

    Voilà. Chez Alex, ça se dit, dans une coulée de douceur, de labeur. Dans cette maison, licencié d'entendre ce que tu écris, et voir ce que tu n'écris pas. J'éprouve souvent ces sensations en ta présence de lecture orale et écrite d'un palpitement. Mon cœur ne saurait être autrement. Oui,ne dis pas non, une autre vie t'appelle. Je t'accompagne à ma façon. Bien à toi.
    Frédérique

    Frédérique

  • anonyme

    Oui Alex , après le virus ,on saimera, on plantera ensemble la vie sur les terres pentues que les autres dédaignent ; ensemble nous choisirons les chemins inconnus à débroussailler ; ensemble...
    j'dis pas non ...j'dis oui

    Écrit tellement touchant !

    anonyme

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