Encrier 87

Textes de la 7° semaine de confinement Texte de Alex du 27 avril : Faire autrement

27 avril 2020

Faire autrement

Il était tard et pourtant, l’envie de dormir n'était pas encore là, ni celle de lâcher prise. Dehors il faisait nuit d'encre. Depuis ce jour ou la réalité avait pris le pas sur l'insouciance, il y avait un combat à mener. Certes dans la tranquillité, mais pas dans l'indolence. Écoutant de la musique dans le calme, elle commença à se raconter, non pas une histoire, mais juste de qui s'invitait et s inventait au fil du silence de sa solitude.
Les souvenirs ne s'estompaient pas. Ils restaient dans la mémoire vives de son corps, d’une présence parfois physique. Pourquoi ne pouvait t-elle pas, telle la mouette, s'en aller découvrir l'horizon plutôt que de rester embrumée au creux de cet avant? Ces moments avaient transformé sa vie, mais y penser sans cesse, presque sans répits, c'était ne plus vivre maintenant.


Peut-être l'écrire aujourd'hui, dans ce dialogue entre clavier et cerveau, permettrait d'inscrire cela dans un passé révolu ? Non, décidément, la plus sage décision était de ne pas en écrire un mot, de laisser se délaver tout doucement au soleil ces sensations trop intenses, pour redonner un peu de fard aux temps d'aujourd'hui.


A l'annonce du confinement, elle n'avait pas tout de suite envisagé TOUT. D’abord elle avait pensé à ce quelle ne ferait pas ce soir, puis renoncé à demain, et c'était vite devenu vertigineux.
Petit à petit, les projets, les rencontres , les itinéraires, petits et grands, s'étaient déprogrammés. Un temps vide s'était installé, immense, impressionnant, si silencieux. Que faire de cette immensité?


Au tout début il avait fallut oser, oser prendre ce temps, oser le dépenser sans compter et commencer à faire autrement. Faire avec ses bras, ses mains, ses jambes, faire avec envie, laisser faire, faire fi du dehors, ne plus faire part de rien, faire abstraction de tout, faire route juste pour l'essentiel, faire groupe avec les enfants, faire rire... Mais ne pas faire semblant, seule chose pour laquelle elle ne pouvait pas se décider à gâcher du temps.


Au bout de cinq semaines, le temps semblait s'être a nouveau rempli, chacun avait inventé des moyens de faire à distance et les embouteillages d'occupations voulaient à nouveau s'inviter.
Il était là son petit combat à elle, avant d’aller à nouveau dans la foule, avant de ne pouvoir revenir en arrière, elle veillait tard dans la nuit pour s'inventer un chemin de traverse qui l’éloignerait du flux et la laisserait entendre les secondes s'égrener , en cas d'urgence, quand elle ne saurait plus respirer, fragile équilibriste dans la nuit perdue. 
La lune venait de prendre son envol dans une grâce majestueuse, elle pouvait à présent fermer les volets de ses yeux pour entreprendre son minuscule voyage quotidien, en rêve elle avait quelqu'un à qui parler.

Commentaires 2

  • anonyme

    Prendre le temps et cheminer dans le tout , le rien , le vide , le plein , la volonté , le lâcher prise ; laisser décanter le passé sans oubli , le présent comme il vient pour enfin trouver son être unifié et accepter son manque .

    Une belle méditation  très poétique , aboutie .

    anonyme

  • frédérique brard

    en rêve et en réalité, nous avons quelqu'un toujours à quelqu'un à qui parler de soi à soi.
    quelle belle expérience

    frédérique brard

Ajouter un commentaire

Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.