Encrier 87

Textes de la 9° semaine de confinement Texte de Lilah du 3 mai

Dimanche 3 mai , Idir vient de mourir, j‘écoute son chant berbère Ssendou , mes larmes pleurent , je veux les éteindre , elles résistent et prennent le chemin de ma gorge , elles m’étranglent , sensation étrange entre nostalgie infinie et respect de la règle qui interdit ce qu ‘on appelait sensiblerie dans la famille .

Mes larmes ont toujours coulé , couleront toujours quand je croise les chants de là-bas , ces là-bas qui ont pris toute la place dans la vie de mes hommes , ne laissant aucune place en eux pour un avenir vivant .

Et ce dimanche , après Idir , j‘ai besoin d’entendre le Kol Nidrei dans la synagogue d’Amsterdam et mes larmes redoublent , je traverse dans l’émotion , pour la millième fois , l’histoire sans mots de ces hommes qui étaient et sont encore dans l’impossibilité de dire .

Je suis construite de ces silences hurlants , je suis construite de ces histoires sans paroles qui ne m’appartiennent pas ; je ne peux ni ne veux trahir en les mettant en mots , je donne simplement à entendre le silence de mes larmes .

Commentaires 4

  • Imelee

    Que tes larmes coulent, Lilah Que la musique t’envahisse !

    Elle est tellement profonde l’émotion qui nous étreint quand meurent ceux qui nous ont nourris, ‘construits’ de leurs chants. Nos lointains si proches. Si intimement liés à notre histoire.

    Je reconnais dans tes mots mes larmes d’enfant abandonnée. Et les heures à lire, relire, écouter écouter encore. Comme si leurs livres et leurs disques allaient disparaître aussi…

    Quand on rencontre quelqu'un, c'est signe qu'on devait croiser son chemin, c'est signe que l'on va recevoir de lui quelque chose qui nous manquait. Il ne faut pas ignorer ces rencontres. Dans chacune d'elles est contenue la promesse d'une découverte.
    (Aharon Appelfeld, mort jeudi 4 janvier 2018)

    Reste à vivre
    avec sans
    (Antoine Emaz, mort mardi 3 mars 2019)

    Imelee

  • lilah

    Sincèrement très touchée par ton retour .

    Tes mots et les miens comme un pas de danse accordé , dans la sororité d'émotions partagées et le silence des non-racontés , sur les paroles , les musiques d'Idir , Bloemendal , Appelfeld , Emaz et les autres , nos frères , nos pères .

    lilah

  • Martine

    Après avoir lu ce texte, je suis allée voir ce que YouTube proposait pour Idir, que je ne connaissais pas. Et entendu un très beau concert : « Des scènes et des terres ». Un début de voyage...

    Martine

  • RUSSELOUP

    ré-sonne-anse
    chant-chance.
    se chiale les larmes de l'indicible humanité, liance de souffrance vivantes, vécues, confidences de confiance.
    Bien à toi.

    RUSSELOUP

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