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Textes d'Alex Texte d'Alex du 24 mars : Ateliers d'écriture et confinement

Alex-Ateliers d'écriture et confinement Mardi 24 mars 2020

Lundi dernier le décompte du temps s'est arrêté. L'urgence a retrouvé son vrai sens, sa vraie place aussi, à l’hôpital pour les vrais malades.
Pourtant ce sentiment incessant d'urgence, il nous collait bien aux basques ces dernières années : courir, se hâter, enchaîner, améliorer, performer, assurer.

Le Corona a mis en berne d'un coup nos objectifs, il a su arrêter d'un coup l'ECONOMIE.
ECONOMIE ? Je ne sais pas qui a inventé ce mot, mais a bien le regarder, il a du connaître quelques dérives depuis sa création. Car pour faire courir en TGV ou en jet l'économie d'aujourd'hui, on ne peut en rien être économe !

Dépenser chaque seconde de temps
Employer chaque milliwat d'énergie
Produire le plus possible et le plus vite
Penser sans cesse à mille choses à la fois, le sujet n'étant plus de penser mais de s'organiser pour trouver le temps de penser..

Voilà où nous en étions le 16 mars dernier à 12h. Courir après des riens, ne plus rien faire d'essentiel. Le Corona a appuyé sur pause, déconnecté le cycle infernal.
Notre façon de prendre le temps n'était tout simplement plus humaine : « je prendrais bien un peu le temps de rire avec toi, de croiser tes yeux, mais pas maintenant tu vois,..je n'ai pas le temps !

Nous avions perdu le temps, le temps de respirer, de voir, de nous reposer, de nous voir. Nous avions chacun une belle pile de 'choses à faire', énorme, branlante, poussiéreuse, qui menaçait de s'écrouler chaque matin, qui ne tenait plus dans notre temps de fous.
A ceux qui ne sont pas soignants, le Corona a donné LE TEMPS.

Il a touché au cœur : menace de ne plus pouvoir respirer.
Alors tout s'est arrêté, les déplacements, les moteurs, la pollution, et pour une fois depuis très longtemps, la nature, elle, respire !
Nous avons peur de nous éteindre. Alors nous passons en mode survie. Mais l'humanité n'a rien fait pour empêcher la disparition de milliers d'autres espèces, elle a continué ses gestes fous : déforester, désherber, décaper, déplacer tout en tout sens, faire exploser les sous-sol, les pomper, tout cela au nom de l'ECONOMIE.
Avec un peu de temps et de recul on peut voir ce drôle d'animal qu'est l'homme qui a organisé un pillage et une destruction systématique de la planète qu'il habite et qui le nourrit. C'est une folie collective ! J'espère que c'était une folie collective, je n'ai pas envie d'y retourner.
J'ai l'immense privilège d'avoir un petit bout de terre, pas vraiment un jardin, mais une allée qui remonte jusque chez moi. Depuis 14 ans, j'y passe quelques heures volées de temps en temps, surtout au printemps pour mettre en route au moins les tomates, le minimum vital !
Je n'ai jamais eu le temps de prendre vraiment soin de ce bien précieux.
J'ai la chance aussi d'avoir deux enfants qui ont appris la patience du jardinage avec leur grand-mère. Et puis, drôle de concordance, le soleil est arrivé pour sécher, un peu... Alors le matin tôt, tous les trois nous travaillons, concentrés, en silence. Puis nous allons ensemble prendre soin de la terre, préparer, semer, faire de la place pour le comestible, le potager, les fruitiers, et c'est un bienfait mutuel. Entre nous et le jardin de l'entraide, un échange de forces, nous respirons ensemble.

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