Encrier 87

Textes des 3°et4° semaines de confinement Texte d'Alex du 4 avril : Le fil de son temps

Ateliers d'écriture et confinement Samedi 4 avril 2020

Le fil de son temps

La vieille dame suit le fil de son temps. Il y a quelques années, sa boussole s'est figée un soir, ne s'est plus réveillée. Elle lui indique chaque matin, sa direction à elle. Celle qu'elle a cherchée durant 68 printemps, et qu'enfin elle a trouvée. Ce jour là, c'était un jeudi d'automne doux, apaisé, elle a senti qu'elle était enfin arrivée. Qu'elle avait apprivoisé le monde à sa manière, qu'elle s'en était fait un ami.


Depuis elle résiste. Elle renonce avec tranquillité à ceux qui lui proposent d'aller plus loin. Non, non, dans ce là je suis bien, c'est mon LA à moi. Il sonne juste. Le diapason de la vie qui court ne la touche plus, elle s'est installée dans un autre temps, au autre ton.


Son langage est fait des fleurs qu'elle sème, des notes de pianos qu'elle égrène, des mots qu'elle met sur ce qu'elle voit et partage avec quelques oreilles ou yeux tout proches, de son écriture ample comme un dessin qui remplit carnets et feuilles éparses, des saveurs qu'elle cuisine pour ceux qu'elle aime, des couleurs et matières qu'elle invite dans sa maison, jamais sans coudre, peindre ou refaire, des paysages qu'elle glane à des heures improbables pour les douces lumières et le privilège d'y être seule ou presque, des livres qu'elle parcourt comme en voyage, de la musique qui emplit tout l'espace à ses heures, de la boule de poils noire fantaisiste qui s'attache à chacun de ses pas, des regards glanés au quotidien, des mots qui se délient et se partagent en marchant longuement, puis au coin du feu.


Pour ceux qui ont la chance d'y entrer, son terrain est un jardin, une terre de liberté où dedans et dehors ne font qu'un. Tout y est présence, les objets, les arbres, les tableaux, les livres, les assiettes, les tissus forment chaque jour de nouveaux bouquets, selon l'humeur du ciel. Les gens de passage se voient donner une place, les groupes se font et se défont dans l'insouciance au gré des venues et départs, pas de règle, liberté, respect de l'autre mais pas de l'heure, une énergie collective suit le vent, emportée par chaque envie d'aller sur l'eau, dans l'eau, près de l'eau...la mer comme ressource infinie pour se sentir vivants, ensemble.


Entre lune et soleil, bien sur ce petit bout de terre qui tombe dans la mer, au bout du Finistère.

Commentaires 1

  • frédérique

    Finistère.
    Finis de s't'aire
    finis de s'terrer
    finis de s'enterrer
    fin jardin semé de tes grains

    frédérique

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