Encrier 87

Trois textes de Lydia (atelier du samedi 17 novembre 2018)

Texte 1 : La sirène,

La sirène du matin a sonné le premier appel pour les ouvriers de l'usine.

Il y a ceux qui ont bu la tisane au thym de la Grand-Mère. Ce sont les moins bavards.

Il y a ceux au visage déjà bien rougi et au verbe haut.

Hiboux, Cailloux, Poux ? Nous embêtent les Profs avec les S et les X. Nos gosses ne suivent pas. Ils feront comme nous. A l'usine ! Est-ce qu'on en est mort nous ?

De toutes façons, ils n'aiment pas l'école !

Et puisque l'on est dans les " ou ", il faut gagner des sous.

Pas rester tous les jours dans les jupes de la Grand-Mère bien gentille, mais bon !

C'est ça la Vie. Un petit remontant et hop, au travail ; ça n'a jamais tué personne..

Et puis, c'est quoi ce pinson que j'entends , ce serait le printemps ?


Pour nous, c'est du pareil au même. Matin dans la nuit, soir dans la nuit, nuit au bistrot.

Laissez-nous un peu d'hiver.

Il n'y a rien d'assez gai dans cette vie pour accepter d'être en face du soleil.

On n'a pas l'habitude de toute cette lumière.

On est gêné. On ne sait pas se comporter.

Donnez-nous la sirène, et la nuit, et l'hiver.

Surtout ne pas imaginer autre chose.

Et puis c'est quoi imaginer ...

Nous on ne sait pas faire.

C'est pour les riches !

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Texte 2 : B

Aujourd'hui, maintenant, à cette seconde et sans réfléchir, choisir une lettre de l'alphabet.

Que d'hésitations ! J'ai pensé au A : Tour Eiffel, autorité.

Et puis zut, je vais prendre le B.

Le B de Bonjour à tous et toutes en cette rencontre du matin.

Le B de bidon. Bidon ? Oui, ce matin m'est apparu une évidence, qui ne fait pas un bide, mais un bidon.

Régime drastique dès ce soir.

Dès ce soir, car on commence déjà avec petits grignotages. Pas bien !

C'est tellement facile, les résolutions du matin. C'est sûr, c'est fort, j'y crois.

Mais ce soir, ce sera une autre paire de manches.

Dans mes babouches, je me dirai : fais-toi plaisir. On est le soir, c'est la nuit. Tous les chats sont gris. Tu dormiras dessus.

Dessus le B, pas sûr, car incommode, car ventripotent.

Peut-être que remplacer ma soupe par des bisous serait plus productif.

Bon, bien. Rien n'est acquis.

Le B dépassé se transformera en C tout aplati du milieu.

Attention seulement au passage du D qui risque d'étaler ses largesses sur son séant.

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Texte 3 : BAMATACY

Et voilà que mes lettres tombent par terre.

Et voilà que le vent me les vole.

Que faire d'un alphabet sous-développé ?

De l'aide aux devoirs me paraît compromis...

B-M-T-C-Y

On dirait le nom d'un chantier en cours de construction.

Je les mélange, les tourne et les retourne.

Un vrai chantier.

Pas grave !

Je construis mon bateau, mon bateau de papier, pour accompagner ces consonnes sur une mer démontée, à l'autre bout du monde.

L'autre bout du monde où je vais faire renaître un Pays, le BAMATACY.

Ce Pays existait des les temps anciens où les Rois s'appelaient des BAMAS.

Un jour, une guerre éclata et le BAMA, fort sage, qui s'appelait TACY, décida que pour la paix du monde, il était impératif de retirer tous les " A " de tous les livres et de toutes les mémoires des Mondes.

Les gens s'hbituèrent (euh ! s'habituèrent). Plus personne ne se sentait démuni de quoi que ce soit. Il n'y avait plus de guerre. Plus d'amour non plus.

OUI, mais moi, il me reste au fond du fond du fond de ma mémoire quelque chose qui s'appelle l'inconscient collectif.

Je ne sais pas pourquoi ça m'est resté. Une sorte d'intelligence supérieure je crois...

Et puis, je suis aussi un peu entraînée par mes recherches généalogiques.

Je le sais, les " A " ont existé.

Ils vont revenir.

Aïe, la guerre aussi.

Oui, mais l'Amour avec, l'Amitié, l'Attention............