Association Encrier - Poésies et quelques textes

Rencontre avec André Breton :Le grand secours meurtrier (in Le révolver à cheveux blancs (1932))

isidore-ducasse-a.jpg LEROUGE Jean-Christophe, Portrait d’Isidore Ducasse(d’après un cliché pris à Tarbes par Blanchard,)

11cm × 11cm, aquarelle, acrylique, encre et stylo bic sur pa(pier Canson.

Le grand secours meurtrier

La statue de Lautréamont

Au socle de cachets de quinine

En rase campagne

L'auteur des Poésies est couché à plat ventre

Et près de lui veille l'héloderme suspect

Son oreille gauche appliquée au sol est une boîte vitrée

Occupée par un éclair l'artiste n'a pas oublié de faire figurer au-dessus de lui

Le ballon bleu ciel en forme de tête de Turc

Le cygne de Montévidéo dont les ailes sont déployées et toujours prêtes à battre

Lorsqu'il s'agit d'attirer de l'horizon les autres cygnes

Ouvre sur le faux univers deux yeux de couleurs différentes

L'un de sulfate de fer sur la treille des cils l'autre de boue diamantée

Il voit le grand hexagone à entonnoir dans lequel se crisperont bientôt des machines

Que l'homme s'acharne à couvrir de pansements

Il ravive de sa bougie de radium les fonds du creuset humain

Le sexe de plumes le cerveau de papier huilé

Il préside aux cérémonies deus fois nocturnes qui ont pour but la soustraction faite du feu d'intervertir les coeurs de l'homme et de l'oiseau

J'ai accès près de lui en qualité de convulsionnaire

Les femmes ravissantes qui m'introduisent dans la wagon capitonné de roses

Où un hamac qu'elles ont pris soin de faire de leurs chevelures m'est réservé

De toute éternité

Me recommandent avant de partir de ne pas prendre froid dans la lecture du journal

Il paraît que la statue près de laquelle le chiendent de mes terminaisons nerveuses

Arrive à destination est accordée chaque nuit comme un piano

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J'ai trouvé ce texte intéressant de Eva Nitschová (UNIVERZITA KARLOVA V PRAZE Filozofická fakulta) : . (Eva Nitschová est l'auteur du mémoire (en français ) "LES CHANTS DE MALDOROR DANS LE DISCOURS CRITIQUE DE BRETON À BLANCHOT " (2011) soutenu à UNIVERZITA KARLOVA V PRAZE Filozofická fakulta-Prague ).

"Remarquons en passant que non seulement Breton célèbre la poésie de Lautréamont, mais également Lautréamont est célébré par la poésie de Breton.

Outre les Champs magnétiques qui sont, du point de vue technique, inspirés par le procédé du “développement excessivement rapide des phrases” /ChM IV/ employé par Lautréamont, on découvre même un poème explicitement consacré à lui : “Le Grand Secours meurtrier”. Il figure dans le 13
recueil Le Revolver à cheveux blancs , publié en 1932, et Breton y décrit la statue de Lautréamont – bien entendu, en faisant des éloges du poète. Notre but n’est pas d’analyser le poème (du reste, cette envie de lutter, cette attirance ou la supériorité aux autres dont il sera question se passent de tout commentaire), on citera uniquement deux vers qui offrent une représentation intéressante de Ducasse: “Le cygne de Montevideo dont les ailes sont déployées et toujours prêtes à battre / Lorsqu’il s’agit d’attirer de l’horizon les autres cygnes” /REV, p. 99/. Cette métaphore n’est peut-être pas d’une beauté véritablement convulsive, elle n’en reste pas moins impressionnante.

Si on évoque cette image singulière qui associe Lautréamont au cygne, ce n’est pas tellement pour admirer la poésie de Breton :

en fait, dans le Dictionnaire abrégé du surréalisme (1938) qu’il écrit en collaboration avec Éluard, il nous apprend que, pour un certain temps, les surréalistes ont choisi comme leur symbole une scène tirée des Chants de Maldoror – et c’est justement celle dans laquelle on voit Maldoror métamorphosé en cygne noir.

Mais laissons parler le Dictionnaire :

CYGNE. – “Dirigez-vous du côté où se trouve le lac des cygnes ; et, je vous dirai plus tard pourquoi il s’en trouve un de complètement noir parmi la troupe, et dont le corps, supportant une enclume, surmontée du cadavre en putréfaction d’un crabe tourteau, inspire à bon droit de la méfiance à ses autres aquatiques camarades.” (Lautréamont.) Cette image a servi, vers 1926, d’emblème au groupe surréaliste. /DA, p. 802/ "

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