Association Encrier - Poésies et quelques textes

Rencontre avec Jim Harrison : Une heure de jour en moins

Une heure de jour en moins

Note de l’auteur : Presque toute ma vie j’ai remarqué que certaines de mes pensées étaient ataviques, primitives, totémiques. C’est parfois perturbant pour un homme plutôt cultivé. Dans cette suite j’ai voulu examiner le phénomène.

---

La lune est soupçonnée.

à quoi sert-elle ?

elle suinte sa fumée blanche de lumière

  Pour ce pauvre petit ours à trois pattes

j’ai laissé deux gros poissons

sur une souche. Il les a mangés la nuit

et à l’aube il dormait comme un dieu

appuyé contre la souche

parmi le chœur des oiseaux.

  Dans le Yucatan, jusqu’au deuxième jour la jungle

ressembla au cinéma, avant de devenir elle-même.

Rentrant chez moi, j’ai ramené dans la neige

les oiseaux et les serpents de la jungle.

Chacun porte en soi tous les lieux où il est allé.

  La plus authentique nuit du chasseur

c’est quand telle sa proie

il ne se réveille jamais.

Au réveil d’une sieste j’ai su en un instant

que j’étais en vie. C’était stupéfiant,

presque effrayant. Émotions et sensations

me submergeaient. Cela ne m’était jamais arrivé.

Sur une chaise bleue dans un pré j’ai réappris

le monde.

  Jim Harrison, Une heure de jour en moins. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Brice Matthieussent, Flammarion, 2012, pp. 209/210/211.

:::::::::::::::::::::

Jim-Harrison.jpg

Ajouter un commentaire

Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.