Association Encrier - Poésies et quelques textes

Rencontre avec Roland Giguère (1929-2003) : Roses et ronces

Les Armes blanches2.jpg

Écoutez Roland Giguère

Roses et ronces

Rosace rosace les roses

roule mon cœur au flanc de la falaise

la plus dure paroi de la vie s’écroule

et du haut des minarets jaillissent

les cris blancs et aigus des sinistrés


  du plus rouge au plus noir feu d’artifice

se ferment les plus beaux yeux du monde


  rosace les roses les roses et les ronces

et mille et mille épines

dans la main où la perle se pose


  une couronne d’épines où l’oiseau se repose

les ailes repliées sur le souvenir d’un nid bien fait


  la douceur envolée n’a laissé derrière elle

qu’un long ruban de velours déchiré


  rosace rosace les roses

les jours où le feu rampait sous la cendre

pour venir s’éteindre au pied du lit

offrant sa dernière étoile pour une lueur d’amour

le temps de s’étreindre

et la dernière chaleur déjà s’évanouissait

sous nos yeux inutiles


  la nuit se raidissait dure jusqu’à l’aube


  rosace les roses les roses et les ronces

le cœur bat comme une porte

que plus rien ne retient dans ses gonds

et passent librement tous les malheurs

connus et inconnus

ceux que l’on attendait plus

ceux que l’on avait oubliés reviennent

en paquets de petites aiguilles volantes

un court instant de bonheur égaré

des miettes de pain des oiseaux morts de faim

une fine neige comme un gant pour voiler la main

et le vent le vent fou le vent sans fin balaie

balaie tout sauf une mare de boue

qui toujours est là et nous dévisage


  c’est la ruine la ruine à notre image


  nous n’avons plus de ressemblance

qu’avec ces galets battus ces racines tordues

fracassées par une armée de vagues qui se ruent

la crête blanche et l’écume aux lèvres


  rosace les ronces !


  rosace les roses les roses et les ronces

les rouges et les noires les roses les roses

les roseaux les rameaux les ronces

les rameaux les roseaux les roses

sous les manteaux sous les marteaux sous les barreaux

l’eau bleue l’eau morte l’aurore et le sang des garrots


  rosace les roses les roses et les ronces

et cent mille épines !


  roule mon cœur dans la poussière de minerai

l’étain le cuivre l’acier l’amiante le mica

petits yeux de mica de l’amante d’acier trempé

            jusqu’à l’os

petits yeux de mica cristallisés dans une eau salée

de lame de fond et de larmes de feu

pour un simple regard humain trop humain


  rosace les roses les roses et les ronces

il y avait sur cette terre tant de choses fragiles

tant de choses qu’il ne faillait pas briser

pour y croire et pour y boire

fontaine aussi pure aussi claire que l’eau

fontaine maintenant si noire que l’eau est absente


  rosace les ronces

ce printemps de glace dans les artères

ce printemps n’en est pas un

et quelle couleur aura donc le court visage de l’été ?

  Roland Giguère-Les armesblanches

Les Armes blanches-couv Dumouchel2.jpg

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