Association Encrier - Poésies

Rencontre avec André Ady Rencontre avec Jean Genet : Où sans vieillir

Écoutez Hélène Martin

Où sans vieillir je meurs je t'aime ô ma prison.

La vie de moi s'écoule à la mort enlacée.

Leur valse lente et lourde à l'envers est dansée

Chacune dévidant sa sublime raison

L'une à l'autre opposée.


J'ai trop de place encor ce n'est pas mon tombeau

Trop grande est ma cellule et pure ma fenêtre.

Dans la nuit prénatale attendant de renaître

Je me laisse vivant par un signe plus haut

De la Mort reconnaître.


A tout autre qu'au Ciel je ferme pour toujours

Ma porte et je n'accorde une minute amie

Qu'aux très jeunes voleurs dont mon oreille épie

De quel espoir cruel l'appel à mon secours

Dans leur chanson finie.


Mon chant n'est pas truqué si j'hésite souvent

C'est que je cherche loin sous mes terres profondes

Et j'amène toujours avec les mêmes sondes

Les morceaux d'un trésor enseveli vivant

Dès les débuts du monde.


Si vous pouviez me voir sur ma table penché

Le visage défait par ma littérature

Vous sauriez que m’écœure aussi cette aventure

Effrayante d'oser découvrir l'or caché

Sous tant de pourriture.


Une aurore joyeuse éclate dans mon œil

Pareille au matin clair qu'un tapis sur les dalles

Pour étouffer ta marche à travers les dédales

Des couloirs suffoqués l'on posa de ton seuil

Aux portes matinales.