Le poids de l’ombre
Au milieu des champs doux comme un châle onduleux,
Un seul arbre en tendant tous ses bras vérifie
La taille de son ombre et la photographie
De seconde en seconde. Un piquet scrupuleux
N’a pas voulu lâcher la longue queue leu leu
Qui s’étire en dehors du cadre, poursuivie
Par un chemin montant dont la courbe dévie
Contre le ciel tombé là comme un rocher bleu.
Mais impossible de savoir ce qui se passe
Plus bas, après les champs suspendus dans l’espace
Par un balcon de vent ouvert sur l’infini.
Sous les rayons du soir, quand s’épaissit la trame
De son ombre, l’arbre la pèse : avec un nid
Et la chaleur, le tout n’atteint pas même un gramme.
L’Adoption du système métrique. Poèmes (1999-2003), Paris, Gallimard, 2004.
