1 - Anonyme
Waga koi no
hito shirurame ya
shikitaye no
makura nomi koso
shiraba shirurame
de notre amour
qui peut savoir ,
le fin
oreiller seul
si quelque chose sait sait
2 - Anonyme
on dit qu’il y a
de l’eau qui dort au coeur même
du tourbillon
pourquoi jamais dans le tourbillon
de mon amour
3- 4 - 5 Hitomaro-(662-710)
à un bateau je pense
qui voyage caché derrière une ile
dans le brouillard matinal
sur la rive d’akashi
vague vague
la couleur des fleurs passa
les fleurs elles-mêmes fanèrent
pendant que vainement
je vivais mon temps en ce monde
où tombaient de longues pluies
et l’herbe et l’arbre
changent de couleurs mais
pour la fleur des vagues
de la grande mer
il n’y a pas d’automne
6 - Tsumori Kunimoto-(1023-1102)
lettre tracée
à l’encre à peine
ö regarde
dans le ciel brumeux
les oies retournent
7 - Dernier poème d’Izumi Shikibu-(976-1030)
kuraki yori
kuraki michi ni zo
irinubeki
haruka ni terase
yama no ha no tsuki
hors du noir
dans un chemin noir
il me faut entrer dans le loin
brille lune
de la frange des montagnes
Autre traduction de Bernard Frank (1927-1996)
Kuraki yori - À partir de l’obscur
kuraki michi ni zo - en un chemin obscur encore
irinubeki - il me faut m’engager.
haruka ni terase - Veuille au loin m’éclairer,
yama no ha no tsuki - lune de la crête des montagnes
. (Cette traduction est de Bernard Frank (1927-1996), premier titulaire de la chaire de civilisation japonaise au Collège de France, « Quelques aperçus sur la littérature bouddhique de Heian », dans B. Frank, Amour, colère, couleur. Essais sur le bouddhisme au Japon, coll. Bibliothèque de l’Institut des Hautes Études japonaises, Collège de France, Paris, 2000, p. 45-65, p. 61.)
8 - Le prêtre Saigyo-(1118-1190)
puisque je pense
que le réel
n’est réel en rien
comment croirais-je
que les rêves sont rêves?
9 - Tsurayuki-(866 ou872-945)
Te ni musubu
mizu ni yadoreru
tsuki kage no
aruka naki ka no
yo ni toso arikere
le reflet de lune
qui habite l’eau
au creux d’une main
réel ? irréel ?
j’ai été cela au monde
Autre traduction de Bernard Frank :
Miroitée dans l'eau
Que j'ai cueillie dans les mains,
La lune, incertaine,
Apparaît et se dissipe ;
Ainsi était ma vie.
(KI no Tsurayuki est un des éditeurs du « Kokin Shû ».(monumental recueil de 1 111 poèmes regroupés par thèmes en vingt livres, a été compilé entre 905 et 913) Il a marqué bien une époque et la ligne qu'il a tracée était respectée pendant des siècles. Outre les sujets habituels, il s'intéressait en particulier à la lumière et à son miroitement dans pas mal de ses poèmes. Celui ci-dessus a été écrit juste avant sa mort )
Extrait de Le Moulin d'Andé (1992) - Pages 177 à 180
Cahier du Moulin, n° 4, hiver 1968




