
La danse ne distrait pas que le danseur. Elle conjure les périls. Elle appelle les chances. Les matachines de la Sierra Madre se disent « soldats de la Vierge » : ils dansent pour qu'elle accorde le maïs, multiplie les écureuils et les rats de forêt, dont se nourrissent les Indiens tarahumares. De nouveau, les cultes se fondent dans une seule saltation. À Cucuchucho, près des rives du lac Patzcuaro, dans l'état de Michoacan, Mexique central, les jeunes hommes tarasques sculptent dans un bois, léger des masques horribles de vieillards, et soudain métamorphosent leur jeunesse en caducité. Les enfants pleurent, les femmes crient. Entraînés par l'un d'eux, qui rythme les pas sur la courte guitare jarana, ils tressautent sur place, tournent cassés en deux, frappent le sol d'un bâton sur lequel ils s'appuient, secouent leurs faux cheveux en fibre d'agave. Ils saluent les quatre points cardinaux. La danse des viejitos date d'avant la conquête. Elle apaisait la crainte des ancêtres et rendait un hommage burlesque au dieu de la vieillesse.
(Texte de Max-Pol Fouchet-Pages 70-71 du livre Terres indiennes, édité en 1955 par la Guilde du Livre)















