Association Encrier - Poésies

Rencontre avec Henri Michaux Rencontre avec henri Michaux : Souvenirs - Ecuador 1929

SOUVENIRS

En ce temps-là, je me perdais à perte de vue dans cet horizon que tenaient deux bras.


( La veille du départ, le voyageur regarde en arrière, c'est comme s'il perdait courage. )

Semblable à la nature, semblable à la nature, semblable à la nature,

A la nature, à la nature, à la nature,

Semblable au duvet,

Semblable à la pensée,

Et semblable aussi en quelque manière au globe de la terre,

Semblable à l’erreur, à la douceur et à la cruauté,

A ce qui n’est pas vrai, n’arrête pas, à la tête d’un clou enfoncé,

Au sommeil qui vous reprend d’autant plus qu’on s’est occupé

ailleurs,

A une chanson en langue étrangère,

A une dent qui souffre et reste vigilante,

A l’araucaria qui étend ses branches dans un patio,

Et qui forme son harmonie sans présenter ses comptes et ne fait pas le critique d’art,

A la poussière qu’il y a en été, à un malade qui tremble,

A l’œil qui perd une larme et se lave ainsi,

A des nuages qui se superposent, rétrécissent l’horizon mais font penser au ciel,

Aux lueurs d’une gare la nuit, quand on arrive, quand on ne sait pas s’il y aura encore des trains.


Au mot Hindou, pour celui qui n’alla jamais où l’on en trouve dans toutes les rues,

A ce qu’on raconte de la mort,

A une voile dans le Pacifique,

A une poule sous une feuille de bananier, une après-midi qu’il pleut,

A la caresse d’une grande fatigue, à une promesse à longue

échéance,

Au mouvement qu’il y a dans un nid de fourmis,

A une aile de condor quand l’autre aile est déjà au versant opposé de la montagne,

A des mélanges,

A la moelle en même temps qu’au mensonge,

A un jeune bambou en même temps qu’au tigre, qui écrase le jeune bambou.


Semblable à moi enfin,

Et plus encore à ce qui n’est pas moi.

By, toi qui étais ma By…..

Henri Michaux

ECUADOR-1929

p.120-121-122