Association Encrier - Poésies

Rencontre avec des Peintres Rencontre entre François Cheng et Bian Shoumin : Vol solitaire

BIAN SHOUMIN (1684-1752)- Vol solitaire

Encre et couleur sur papier-Pékin, Studio Bongbao

(…) Seule lune sur seul étang

D’où s’envole l’oie sauvage

Vers l'infini ouvert

Au-dedans de toi-même

Le poème dans la marge ne parle pas de ce « regard intérieur » que Bian Shoumin porte sur tout ce qu'il observe. Il dit sa pitié pour l'oiseau qui a dû parcourir 10 000 lis sans pouvoir se nourrir . . . et lui offre « toutes les graines de la terre du Sud ».

Qu’on veuille bien prendre le temps de détailler les quelques traits, du noir profond au gris délavé, qui donnent corps à ce palmipède de songe, à jamais plus réel que toute réalité ; et ces autres traits qui accompagnent la poussée des tiges de roseau du proche au lointain, laissant l’efflorescence terminale en offrande au brouillard et créant un peu de frais un espace illimité

Horizons apparemment bouché ; . .où toute forme finit par s'évanouir, et où l'œil un bref instant caresse l'infini.

Pages 158-159 de Toute beauté est singulière-Peintres chinois de la Voie excentrique-éditions Phébus-2004

4e de couverture :

Imaginer une sorte de catalogue idéal des artistes " excentriques " de notre vieil Occident, c'est feuilleter en esprit des images curieuses, passionnantes souvent, marginales presque toujours. En Chine au contraire l'Excentricité majuscule s'est débrouillée à toute époque pour tenir la dragée haute à l'art officiel. Jusqu'à incarner, aux yeux des esprits libres et de certains lettrés épris d'irrévérence, la part la plus haute de l'expression de la Beauté.

Rendant hommage à ces insoumis qui ont sévi sans discontinuer depuis mille ans et plus, François Cheng nous fait savourer deux cent quarante pages durant, ce paradoxe riche de merveilles : en Chine, l'art des farfelus, des trublions, des fols, des mauvaises têtes n'est autre que l'Art à son sommet. On le pressentait après avoir fréquenté Zhu Da (Chu Ta) et Shitao. On était loin de penser que ces deux " exceptions " n'étaient jamais que deux excellences parmi cent autres, parmi mille autres.

Il est rare qu'un livre d'art apporte de si bonnes nouvelles.