
Vénus allemande -Bois gravé XVIe siècle
…Semblable à la nature,
À la nature, à la nature,
Semblable au duvet,
Semblable à la pensée…
écrivait Henri Michaux qui sondait ses sens —et les nôtres— avec une attention inégalée et sans complaisance. Que ce corps qui nous illumine ou nous humilie du berceau à la tombe soit semblable à la nature est notre grand secours, notre ultime recours, peut-être notre seul amour. Pour la sagacité taoïste ou la ferveur de l'Inde tantrique, cette identité ne fait pas de doute. L'allégresse des cabalistes y retrouve les étapes de la connaissance spirituelle et l'image du créateur. Le christianisme du Moyen Âge balance entre l’exécration et un respect superstitieux. Léonard de Vinci qui dissèque en secret aux risques du bûcher y voit la plus belle fabrique de l’univers.
Quoi qu'il en soit, ce mystérieux compagnon, miroir de nos inquiétudes ou de nos certitudes, n'a pas fini de nous en faire voir
Depuis que je cherche des images, ces « rêves du corps » constituent une galaxie particulière dans le ciel infini de l'illustration. Une planète où l'angoisse, la jubilation, une frivolité morbide se succèdent comme dans cette courageuse fabrique qui nous tiendra encore pour un temps compagnie. Une folie comme celle où les architectes d'autrefois exprimaient librement leurs fantasmes, leurs peurs, leurs vœux ou leurs caprices.
« Les rêves du corps », 1985 in Écriture, numéro 24, 1985.






