◦ La nuit ! La nuit surtout je ne rêve pas je vois
◦ J'entends je marche au bord du trou
◦ J'entends gronder
Ce sont les pierres qui se détachent des années
◦ La nuit nul ne prend garde
◦ C'est tout un pan de l'avenir qui se lézarde
◦ Et rien ne vivra plus en moi
◦ Comme un moulin qui tourne à vide
◦ L'éternité
◦ De grandes belles filles qui ne sont pas nées
◦ Se donneront pour rien dans les bois
◦ Des hommes que je ne connaîtrai jamais
◦ Battront les cartes sous la lampe un soir de gel
◦ Qu'est-ce que j'aurai gagné à être éternel?
◦ Les lunes et les siècles passeront
◦ Un million d'années ce n'est rien
◦ Mais ne plus avoir ce tremblement de la main
◦ Qui se dispose à cueillir des oeufs dans la haie
◦ Plus d'envie plus d'orgueil tout l'être satisfait
◦ Et toujours la même heure imbécile à la montre
◦ Plus de départs à jeun pour d'obscures rencontres
◦ Je me dresse comme un ressort tout neuf dans mon lit
◦ Je suis debout dans la nuit noire et je m'agrippe
◦ A des lampions à des fantômes pas solides
◦ Où la lucarne ? Je veux fuir ! Où l'écoutille ?
◦ Et je m'attache à cette étoile qui scintille ◦
◦ Comme un silex en pointe dans le flanc
◦ Ivrogne de la vie qui conjugue au présent
◦ Le liseron du jour et le fer de la grille



