
La géante (1931) huile, gouache et encre de Chine (54x73cm) Le poème signé Baudelaire est de Paul Nougé.
En effet, le texte du poème placé à droite et signé Baudelaire est en fait une réécriture du poème par Paul Nougé (né à Bruxelles en 1895 ; il y est mort en 1967) :
Ainsi , les deux derniers vers de Nougé sont : "Je m’endors tendrement à l’ombre de ses seins / Sans rêve que celui où son rêve me plonge" et les deux derniers vers de Baudelaire sont : "Dormir nonchalamment à l'ombre de ses seins,/Comme un hameau paisible au pied d'une montagne."
Dans un article du journal Le Monde du 23 juillet 1982, intitulé' Les jeux graves de Paul Nougé, Marcel Marien signale que Francis Ponge désigne Paul Nougé comme "la tête la plus forte du surréalisme belge," et "comme l'une des plus fortes de ce temps"
Écoutez Charles-Édouard Villette
La Géante
Du temps que la Nature en sa verve puissante
Concevait chaque jour des enfants monstrueux,
J'eusse aimé vivre auprès d'une jeune géante,
Comme aux pieds d'une reine un chat voluptueux.
J'eusse aimé voir son corps fleurir avec son âme
Et grandir librement dans ses terribles jeux ;
Deviner si son cœur couve une sombre flamme
Aux humides brouillards qui nagent dans ses yeux ;
Parcourir à loisir ses magnifiques formes ;
Ramper sur le versant de ses genoux énormes,
Et parfois en été, quand les soleils malsains,
Lasse, la font s'étendre à travers la campagne,
Dormir nonchalamment à l'ombre de ses seins,
Comme un hameau paisible au pied d'une montagne.
Charles Baudelaire
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Extrait de Réécrire ou traduire Baudelaire L’expérience équivoque de Paul Nougé par Clément Dessy
"Dans La Géante, Baudelaire évoque l’attirance du poète (passée ou fantasmée) pour une figure imaginaire, dont l’immense corps fait écho à la puissance de son désir. Les deux entités – le poète et la géante – sont clairement identifiables et se côtoient dans un paysage, dont le caractère onirique semble la condition de leur rencontre.
Dans la version de Nougé, les différents espaces s’entremêlent de façon ambiguë : ceux-ci participent à la fois du rêve et du réel, entre « le monde bas », le « milieu de ma vie » et « mes songes ». Toujours objet de désir, la géante autorise elle-même un passage entre éveil et rêve (« Je m’endors tendrement à l’ombre de ses seins / Sans rêve que celui où son rêve me plonge. »), au point que le poète et la géante semblent moins discernables l’un de l’autre, la géante « s’étend(ant) au travers de (ses) songes ».
Voilà les 6 derniers vers réécrits par Paul Nougé :
Parcourant pour toujours ses magnifiques formes
J'ai rampé au versant de ses genoux énormes
Et parfois en été si les soleils malsains
Lasse, la font s'étendre au travers de mes songes
Je m'endors tendrement à l'ombre de ses seins
Sans rêve que celui où son rêve me plonge.














