Encrier 87

Textes de la 6° semaine de confinement Cinq textes de Fabienne du 18 avril

Ce 17 avril

Ce 17 avril, 23h58

Elle ne va pas dormir.

Elle est là.

Le temps est là.

Il bat une musique nouvelle.

Une seconde est une seconde. Une minute est une minute. Une heure est une heure.

Elle écoute.

Le silence et le temps sont une musique nouvelle.

Elle marche.

De la fenêtre à la porte. D’une porte à une autre. D’une porte à la fenêtre.

Ses pas sont une musique nouvelle.

Elle tend lentement les bras vers les murs, les étire vers le plafond, redescend tout aussi lentement vers le sol.

L’espace est une musique nouvelle.

Cette nuit, elle va faire ça : rien.

Ne pas dormir.

Entendre la ville qui ne bouge pas.

Entendre le monde qui ne bouge pas.

Fermer les yeux pour tendre vers l’infini.

Elle ne peut s’empêcher de rire un peu. Quelle aventure !

Plus tard, elle invitera une autre musique, une voix. Ionatos Angélique. Esperar. Mots de Frida.

Plus tard encore, elle prendra un crayon, une feuille.

(elle ramasse les mots-cadeaux)


2

Un mouchoir dans mon semoir

Pourquoi tu as mis un semoir dans ton mouchoir ?

Mais non, j’ai mis ton mouchoir dans mon semoir

Eh bien quel culot !


Ne t’inquiète pas, c’est le vent du soir qui me trouble

c’est la mer qui me tire

je m’éloigne

je sème du vent dans mes histoires


Pourquoi tu mets du noir partout

dans les tiroirs de ta mémoire ?


Mais non, ma douce

ne t’en fais pas

c’est ma mémoire qui glisse en douce

et s’endort dans le noir

—————

3

Point d’orgue

Accroche ton regard

à la croche

Pose ton œil

sur cet œil


pupille ahurie

sourcil ébahi


C’est le temps

suspendu

le point d’orgue

Dis, on peut mettre un point d’orgue sur une croche ?

Chhhhhht, ce n’est pas de la musique c’est de la poésie ;-)

—————

4

Ce n’est pas une cornemuse

Ce n’est pas une cornemuse

c’est une muse


Ce n’est pas un crocodile

c’est un haltérophile, presque fragile


Ce n’est pas une excuse

c’est une ruse


Ce n’est pas une île

c’est presque une île

immobile

————

5

Les bijoux de la Castafiore

— Il paraît que l’améthyste de la Castafiore a disparu.

— Ah non, tu va pas nous refaire le coup du polar décalé ! Des castafiores et des améthystes, c’est bon, lâche tes délires !

—Pas des castafiores, une castafiore ! La Castafiore ! La grande, bellissima, affascinante Bianca Castafiore !!! Pas un polar, malheureux, un drame ! Un dramma ! Un patatras dans la Scala !

— Ça va, ça va.

— Non. Non ça ne va pas.

— C’est pas une émeraude, non plus ! Une améthyste, c’est quoi le drame ?

— Le drame, je t’explique. L’émeraude, laisse tomber. L’émeraude c’est la paillette, le truc qui brille, l’apparence sociale, quoi. L’améthyste, tu vois, c’est la roche dans la gorge. C’est sa pierre intérieure !

—Ah ouais ? … attends, j’ai pas compris. Elle était où l’améthyste ?

— L’améthyste, c’est le graal, la pierre angulaire, c’est le quartz qui fantasque, cascade en bourrasque au fond du puissant fleuve lyrique. C’est la roche qui roule, le rock qui roll !

— Aaaah ouais…. Rock … and ... roll, la Castafiore.

— Voilà, t’as pigé. Rock’n’roll la Castafiore !

Commentaires 1

  • RUSSELOUP

    Si, si tous sont à prendre, polar, poésie, tous sont recevables, accueillis dans mon pays. J'entends une audacieuse joueuse qui met en joie, et ses nuances de mouvements dans un microsillon. Oh, my good: faust.

    RUSSELOUP

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