Encrier 87

Textes de la 3° semaine de confinement Texte de Fabienne du 4 avril : Conversation sur un banc

Conversation sur un banc

- Tu lui as dit que tu participais à un atelier d’écriture ?

- Ça va pas ! Tu veux ma mort ?

- Sois pas ridicule, on n’en est pas là ! Vous en êtes où d’ailleurs ? Pousse-toi un peu que je pose mon sac.

- Il est gros, ton sac !

- Normal, j’ai une permission d’un mois ! Alors ?

- Ben, c’est devenu un truc de malade. Figure-toi que maintenant on ne communique plus qu’à distance. Interdit de se rencontrer.

- Saperlipopette ! Et c’est toujours les mêmes participants ?

- Top secret. Il y a des signatures codées. On n’en sait pas plus.

- Tu tiens le coup ?

- Ça va mieux. Au début j’ai merdé. J’ai envoyé un truc comme ça, pour rigoler, en direct. Eh ben figure-toi que tout est publié ! T’aurais vu la gueule du truc ! Imagine que t’as préparé ta valise, nickel, rangée genre Marie Kondo, et paf, ta valise s’ouvre en plein milieu du quai de gare. Bref, t’as dix paires d’yeux braqués sur ton tas..

- Arrête ! J’aurais pas voulu être à ta place !

- Et je te parle pas des italiques….

- Quoi, les italiques ?

- Pas d’italiques !

- Pas d’italiques ?

- Pas d’italiques.

- Grave !

- Ouais, grave !

- Ben, raconte !

- Bon voilà : la fois d’après, je change mon fusil d’épaule.

?!!!!! :-O

- Façon de parler, y a pas d’lézard.

- Tu m’as fait peur !

- (rire) Donc, les italiques. Parce que là, t’as bien compris, on ne se voit plus, on ne s’entend plus. T’as pas les yeux, pas le corps, pas la voix.

- J’avais compris.

- T’AS PAS LE TON !!!

- Oooh, crie pas !

- Tu fais comment, quand t’as pas le ton, pour dire que le mec, y pense dans sa tête par exemple ?

- ….

- Ben, tu mets en italiques !

- Ah ouais… ! Tu veux dire que ça se voyait pas que le mec, il pensait ? A cause de pas d’italiques ?

- Ben voilà !

- Grave !

- La galère, tu veux dire. J’avais pourtant tout bien fait. Odt, pièce jointe… J’y croyais.

- Mince ! Ils vont te garder ?

- Sais pas…

- Mais tu m’as toujours pas dit où elle en est, l’histoire ! La vieille, avec son cabas, c’est elle qui avait planqué la boussole ?

- La vieille elle a clamsé, et la boussole avec. Ouais, elle l’avait bien planquée, la boussole, dans les journaux.

- Les journaux ? Y avait pas de journaux dans l’histoire...

- Les journaux dans le cabas... La vieille, elle promène des journaux dans son cabas. Donc, c’était prévu que tout explose à 11 heures, sur le marché, devant l’étal du boucher.

- Normal !

- Mais l’aiguille s’est coincée.

- …

- L’aiguille de la boussole.

- ….

- Tu suis ???

- Ça va, ça va, j’ai compris ! L’aiguille de la boussole ! ….. Alors ?

- Alors, tout a explosé devant le container à bouteilles. La vieille, la boussole, les journaux. A 10h.

- Joooooliiii !!! Mais alors, si le banquier est mort à 10h30, qui l’a tué ?

- On cherche. Un carnet a été retrouvé dans les morceaux de journaux, après l’explosion. Vierge.

- Sans intérêt, quoi !

- Vierge, sauf une page.

- Quoi ? Un dessin ? Un poème ?

- Quatre mots : la petite fille en pleurs (en italique, pour signifier que c’est ce qui est marqué sur le carnet)

- Ça va, ça va, j’ai compris ! ……………. Non……….. Attends………...

- … (léger sourire condescendant)

- Si j’ai bien compris……………...

- (regard interrogateur)

- C’est la petite fille en pleurs qui a tué le banquier !!!

- … (sourire de connivence, approbateur)

- C’est pour ça qu’ils avaient trouvé un billet de banque dans son cornet de glace….

- Top secret. Tu divulgues pas !

- Top secret. Vous avez déjà une idée de la prochaine victime ?

- On se tâte. Probablement un jeune militaire avec un gros sac.

- ….

- ….

- Un jeune militaire avec un gros sac ?

- Possible, oui. Un jeune militaire avec un gros sac. Ben, t’en va pas. Tu vas où ? Tu lui dis rien, hein ?

Commentaires 5

  • anonyme

    QUELLE TÉNÉBREUSE AFFAIRE .....

    anonyme

  • Alpico

    L’enquête s’annonce difficile , m’a dit Maigret , (et Sherlock Holmes qui est en vacances….) .

    Maigret a ajouté :
    Voyons les pièces du puzzle : une vieille dame ,un carnet , un message obscur , un billet de banque , un atelier d’écriture , des pseudonymes , un témoin , et cette rencontre mystérieuse sur un banc , du témoin clé avec ce militaire (heureusement que j’ai fait surveiller le témoin). Ce témoin ne m’a pas tout dit …. Et puis il y a ces menaces qui flottent . Pourquoi ce banquier a-t-il été assassiné ? Je vais avoir heureusement les résultats des analyses .
    Quelle va être la prochaine victime ? Je n’en ai pas dormi de la nuit . Qu’est-ce que j’oublie ?

    Ah! oui ! ..... LA PETITE FILLE EN PLEURS !!!!

    NOM D'UNE PIPE : JE DOIS TROUVER  qui tire les ficelles et qui a organisé le guet-apens … et quelle sera la suite ?

    .......................................................................................

    Sur ce , Maigret avala rapidement la collation que lui avait préparée sa femme .

    Puis , il se saisit dans sa bibliothèque du roman de Balzac : Une ténébreuse affaire , qu'il affectionnait particulièrement . Il se plongea aussitôt dans le roman déjà lu à moitié .

    Une heure après , il se coucha , épuisé par une journée pleine de péripéties .....

    Bonne nuit , et faites de beaux rêves ,Monsieur Maigret !

     

    Alpico

  • anonyme

    La lecture de ce texte a déclenché en moi de tels éclats de rire que les murs de mon confinement en ont tremblé ! Merci

    anonyme

  • anonyme

    Quel plaisir de rire, de voir des choses arriver, des gens parler, des surprises! Merci

    anonyme

  • frédérique

    un polar de savoir-vivre le désordre des sacs et des cœurs de pleurs, intrigue et agathe de fabienne.

    frédérique

Ajouter un commentaire

Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.