Encrier 87

Textes de la 7° semaine de confinement Texte de Emmanuelle du 29 avril

Assise à la table du bistrot, elle rêvassait en buvant un diabolo fraise. Elle savourait même son diabolo qu’elle sirotait à petites gorgées voluptueuses, puis elle savourait aussi la vie, la vie qui courre, la vie qui passe vite, trop vite, et cette même vie qui aussi par moment s’étire et n’en finit pas de finir.


Elle savourait de toutes ses papilles en alerte sa vie qu’elle avait reconstruite jour après jour après le drame, de ses propres mains, au prix d’efforts et de dépassements de soi. Après le drame, elle avait pensé arrêter là son parcours, stoppé son chemin, fermer ses fenêtres et sa porte, et aussi son cœur, et sa tête, alouette.


Puis les oiseaux avaient chanté, puis le printemps était arrivé, puis l’automne, puis l’hiver et les saisons s’étaient enchaînées sans cesse, sans répit, sans repos possible. Elle n’avait même pas eu le temps de craquer.

Puis la vie avait repris, très vite, trop vite pour elle, tout était trop maintenant. Le vide était trop grand, le précipice trop attirant, les gens trop présents et pressants autour d’elle… Elle n’avait pas besoin de ça, elle n’avait pas envie de ça … ni de leurs larmes, ni de leur compassion à deux balles.

Elle avait juste besoin de calme et de temps, elle le savait, mais elle ne savait pas où le trouver. Comment arrêter cette course folle, cette folie destructrice, cette surenchère délétère. Comment se poser et dire STOP.

Comment trouver le temps de s’asseoir, seule, à la table du bistrot et oser, sans culpabilité ni honte, rêvasser à rien, à tout, en buvant un diabolo fraise bien frais.

Maintenant, cadeau, la vie s’était arrêtée pour elle, et elle savait. Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort, elle était pourtant à moitié morte mais beaucoup plus forte. Plus forte pour affronter la vie, la vie que pour la première fois elle s’était choisie. Une vie qui ne ressemblerait pas à celle des autres et c’était bien ainsi, une vie loin des modes et des convenances, une vie où il fait bon vivre et rêvasser. Finalement, elle avait bien fait de suivre le lapin blanc et d’écouter le mouton à 5 pattes.

Commentaires 1

  • Alex

    Quel émotion de lire ce texte dans toute sa force. Le partage de ce diabolo fraise fait tant de bien, avec ses promesses, sa couleur éclatante, lumineuse, sa fraîcheur, le bruit de ses bulles, son temps non décompté, libre. Une jolie petite victoire sur l'empressement quotidien et les abîmes repoussées.

    Alex

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