Encrier 87

Textes de la 2°semaine de confinement Texte de Fabienne du 28 mars

Il avait économisé un euro cinquante. Hier aussi.

Si ça dure trois mois, 3 fois 30, moins les dimanches, 78. 78 fois 1,50, 117. 117 euros.

78 fois deux heures et demi en moyenne, 195. 195 heures.

117 euros gagnés, 195 heures perdues.

Il se tenait assis sur un tabouret, entre la table et le frigo.

Il songeait aux visages perdus pour toujours.

Ceux de la fin de l'hiver, qui guettent les espaces à l'abri du vent exposés au soleil. Ce soleil de mars avril, qui réchauffe mais ne brûle pas.

Mentalement il reconstituait les inconnus, hors des foyers, hors des lieux de travail.

Scrutait les corps immobiles, effleurait discrètement les visages, y devinait quelque chose qu'il nommait 'limpidité passagère'. Il guettait l'alanguissement qui traverse les corps hors de.

Depuis son siège domestique il se prit à fantasmer. Il dessinait une cordée infinie 195 fois douze en moyenne mais cela peut bien aller jusqu'à trente les bons jours et si je reste plus longtemps trois heures plutôt que deux et demie 7020 et si ça dure quatre mois, va savoir, 9360 ...

9360 silhouettes assises, presque recroquevillées qui s'éloignaient irrémédiablement.

La cordée s'évanouit dans un horizon incertain, d'une saison incertaine.

Il avala son café d'un trait, sans plaisir.

Commentaires 1

  • Daniel DiNëR

    "Que faire dans un gîte sinon que de songer..."
    Ou bien tout remettre en question...
    Et vivre sans calculs...

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