Encrier 87

Textes de la 6° semaine de confinement Texte de Martine G. du 18 avril

Mots reçus par Martine :

Aisselles. Blêmir

Un smoothie à Nairobi

Consolation

Campagne

Fou de Bassan

La belle surprise

Enfance


Le père saisit l’enfant sous les aisselles et hop, l’envoya si haut que l’enfant ne revint pas. L’enfance n’est pas ce qu’on croit.

Le père blêmit, certes, qu’allait-il dire à la mère, ton fils est parti ?

Mais à deux ans on ne fugue pas. La mère cependant, dont l’esprit battait souvent la campagne n’eut besoin d’aucune consolation. Assise à la terrasse de leur bungalow quelque part sur la côte normande, elle se croyait le plus souvent attablée à une terrasse de café de Nairobi, sirotant un smoothie et bien plus « élégante oisive » que mère d’un petit garçon soumis aux tortures de son mari. Les mères non plus ne sont pas ce qu’on croit.

En bref c’est un fou de Bassan qui, voyant soudain quelque chose gigoter sous la surface de l’eau crut à un poisson et, piquant droit dessus comme font les fous de Bassan, l’attrapa avec son bec par une bretelle et le remonta au ciel, direction l’île où se trouvait son nid avec maman et bébés Bassan attendant nourriture et affection.

Mais que se passa-t-il ?

Le vent puissant qui avait fait disparaître l’enfant derrière un nuage puis l’avait emmené jusqu’à l’océan au-dessus duquel, faisant soudain relâche, il l’avait, plouf, laissé tomber, redevint d’un seul coup puissant, tourbillonnant, désorientant, et amena l’oiseau non sur son île mais juste au-dessus de la terrasse de Nairobi où smoothizait l’élégante oisive. Là, épuisé, l’oiseau lâcha l’enfant qui tomba, plouf, sur le matelas pneumatique toujours prêt, gonflé, recouvert d’une douce serviette éponge pour que l’élégante oisive puisse, entre deux smoothies, s’allonger, bronzer et rêver plus encore à Nairobi et à ses safaris.

Belle surprise pour la mère que l’arrivée de l’enfant ?

Voyons, soyons sérieux. Dérangée par le bruit, elle sursauta, crut avoir dormi un moment assise et pensa qu’une fois de plus son mari en avait profité pour se décharger sur elle de son fils. Lui téléphona donc aussitôt (le téléphone, comme le matelas, les lunettes et les cigarettes) était toujours près d’elle) « Reviens chercher ton fils » et, en l’attendant, prit l’enfant quasi anesthésié par la chute et le grand vent, et lui donna ce qu’il restait de son smoothie, oubliant qu’elle y avait ajouté, une fois n’est pas coutume, une bonne petite rasade de vodka.

Tout est bien qui finit bien, me direz-vous, le père et la mère ont retrouvé leur fils… Vous n’y êtes pas du tout...

Et l’oiseau épuisé obligé de retourner à la pêche ? Et maman et bébé fous de Bassan crevant de faim au nid ? Et les jeux imbéciles, les mélanges nuisibles, les safaris ?

S’il n’y avait le vent, croyez-moi, et les fous de Bassan, il n’y aurait rien qui donnerait envie d’écrire.

Commentaires 3

  • anonyme

    Je me suis envolée cette nuit , et ce matin encore je me blottis dans les ailes du vent et des fous , de Bassan et d'ailleurs , ceux qui prêtent encore une attention vive à toute vie minuscule .

    anonyme

  • anonyme

    Quand les humains , enfermés dans leurs ridicules besoins sont sourds à la voix du vent puissant qui leur donne une deuxième chance !
    merci Martine , je garderai ce texte avec moi

    anonyme

  • Jean

    Merci Martine : comme dit Kenneth White :

    "Que ton poème soit

    comme l'aile du fou

    puissante et claire

    dans son essor

    portant le corps embrasé

    vers la grande lumière"

    Jean

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