Encrier 87

Texte de S. lu en atelier à l'Espace Paul Rebeyrolle le 14 octobre 2014

Texte de S. lu en atelier à l'Espace Paul Rebeyrolle à Eymoutiers le 14 octobre 2014, texte inspiré par une oeuvre de Ernest Pignon-Ernest :

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Je t'attends dans cette boîte en verre. Je t'attends toi et ta vie cabossée, ta vie d'équilibriste précaire, ta vie de noyé à la recherche d'une bouée pour surnager. Je t'attends prise entre quatre verres, moi dénudée, moi recouverte de cette peau élastique et fripée. Je patiente guettant la sonnerie du téléphone mais têtu, aphone, il fait le mort. Pas même un SOS, encore moins un SMS : rien ne vient. Il est minuit, les badauds passent, me jettent un regard dérobé. A une heure, frigorifiée, je ne me rhabille pas, c'est comme ça que tu viendras.


L'ange déchu, recouvert de son drap, ne se présentera pas . Ses ailes brisées, son envie asphyxiée, Dieu l'a mis en terre. Les bras le long de son corps, sa main tournée vers le ciel et l'au-delà, son monde s'en va. Les quelques grammes de son âme s'envolent dans un battement d'ailes et d'effroi . Son cœur enserré dans les griffes de l'enfer il part sans pleurs, sans même un au-revoir. Il ne voulait ni fleurs ni couronnes.


Je t'attends toujours. Il est six heures, les rayons du soleil me réchauffent le corps mais dedans il fait si froid. Tout demeure noir. Il est six heures, tu ne viendras pas, le téléphone n'a plus de voix. Ne reste que son fil à enrouler autour de mon cou pour venir te rejoindre, l'ange déchu. Il n'y a plus d'heure, l'éternité nous appartient.