Encrier 87

Textes des ateliers virtuels de 2021 Texte de Sophie -Jeu 5 - Soeur 007

Récit : La mère supérieure n’avait qu’un seul plaisir au monde : écrire un roman intime.

Elle y avait longuement réfléchi, prenant Dieu à témoin, ici, dans ce qui serait sans doute son dernier couvent, celui des Sœurs missionnaires à Menton.

Oh, il n’y avait rien follement sexuel, mis à part le drame de sa jeunesse qui lui avait brisé sa vie. Il lui avait fallu quelques années, pour se remettre et ce, déjà avec l’aide de Dieu. Alors en prenant sa « retraite » dans le midi pour y finir sa vie, l’idée d’écrire, le roman de sa vie, lui était apparue.

Il faut dire qu’elle avait eu une vie assez agitée et passionnante.

Ses parents étaient tous les 2 acteurs de théâtre, la faisant baigner assez tôt avec ses 2 sœurs et son frère dans cet univers, quelque peu magique. Les enfants étaient tous assez doués pour les études, se passionnant très tôt aussi pour le spectacle suivant papa, maman au fil des rôles, des pièces et débutant aussi dès que ce fut possible sur les planches. Au final, le fils, Pierre, se passionna plutôt pour la musique, intégra l‘école de musique, puis le conservatoire, pour obtenir un 1er prix de piano classique. Plus tard il intégra un orchestre philarmonique. La sœur la plus jeune, Vivianne, resta dans le milieu du théâtre et après avoir beaucoup joué devint metteur en scène. L’ainée, Christiane, fut plus intéressée par la danse classique et fut inscrite aussi au conservatoire pour y décrocher un second prix avant de danser à l’opéra local. Et puis celle qui nous intéresse, Clotilde, après toutes ses années de théâtre, un bac, puis une licence de technologie, se passionna pour le cinéma. Elle fit beaucoup de figurations avant de décrocher un rôle suite à un casting. C’était une comédie dans laquelle, elle fut remarquée par le réalisateur, qui fut séduit par sa jeunesse, son aplomb, sa candeur et il la prit un peu sous son aile, pensant qu’elle pouvait faire carrière. Elle fit ainsi un 2ème film avec lui, ayant un rôle plus étoffé ; le 3ème arriva avec une grande star avec qui elle avait un petit jeu d’acteur.

Là, le drame arriva ; sous prétexte de répétition, la star demanda à Clotilde de le retrouver à son hôtel et c’est là qu’il la viola. Elle alla porter plainte, dénoncer cela au réalisateur ; hélas pour elle, la réputation de la star était telle, que rien n’y fit, personne ne voulut la croire, ni la défendre ; seule sa famille, parents sœurs et frère furent là à ses cotés. Hélas le mal était fait, s’en suivit du soutien psychologique, aidée par ses parents qui firent un pause dans la théâtre pour être présent avec elle.

Pour Clotilde, le cinéma, c’était fini Elle se replongea dans les études, le sport où là aussi elle était très douée, notamment en sport de combat et surtout au tir à la carabine, où elle put concourir jusqu’aux jeux olympiques et y obtenir, une très belle médaille d’argent.

Cependant, elle avait toujours ce drame en elle et de sa vie, plus jamais, n’eut de relations avec des hommes. Elle avait été détruite par ce drame et le fait que la star n’ait jamais été poursuivie.

La religion l’aida beaucoup aussi, car ses parents étaient très croyants. Ils firent avec elle, après ce cauchemar, une retraite de plusieurs jours dans un couvent, ce qui la passionna. Sans doute n’était-elle pas prête encore pour y rester. Alors elle voulut rentrer dans la police, pour en connaitre mieux les rouages, surtout vis-à-vis de la justice, car elle avait toujours cette rancœur de l’injustice envers elle. Là aussi, elle était plutôt brillante et à un moment, elle vit que les services secrets recrutaient. Ni une, ni deux, elle postula, fut acceptée, suivit des cours, des entrainements intensifs, où là encore Clotilde était brillante. Puis vinrent les 1ères missions, elle avait 30 ans.

D’abord en France, puis bientôt à l’étranger, car pour les langues aussi, elle apprenait vite, très bien.

Ses états de service étaient plus qu’excellents, grimpant en grade régulièrement, jusqu’au moment où au cours d’une mission périlleuse à l’étranger, elle fut grièvement blessée, rapatriée, soignée, mais elle serait toujours un peu boiteuse, lui interdisant désormais toute action sur le terrain. Elle était désormais cantonnée à de petites missions sur le sol français, ce qui la désola énormément. Et puis un jour, son supérieur, avec qui elle avait effectué des missions dangereuses, lui fit une étrange proposition.

Devenir Mère supérieure au sein du couvent des sœurs du perpétuel secours. Elle crut à une blague, mais non, pas du tout. Il était situé au cœur de la France, et en fait, une « façade ». Niché, dans une ville moyenne ; ce réel couvent avait été racheté par l’État, donné au ministère de l’intérieur, pour servir de lieu d’enseignements, d’un peu d’entrainement, et aussi de cache, de repos pour les services de la DGSE, en particulier pour les agents féminins. Elle serait en quelque sorte la directrice du couvent. La seule des obligations étaient pour toutes, de porter la tenue de religieuse à chaque sortie. Sans en être vraiment, cette obligation, c’était pas tout à fait du gâteau.

Elle se prit quelques jours de réflexions et puis au final, accepta ce poste où elle serait aussi formatrice avec son expérience du terrain. Quelques semaines après, elle prit ces fonctions dans ce magnifique couvent, parfaitement conservé et réaménagé avec une piscine, clin d’œil à l’appellation du service à Paris, des salles, de sport, d’informatique, cinéma ; tout en gardant l’aspect religieux de l’édifice avec sa chapelle, son cloitre, toutes les statues. La particularité étant aussi, qu’il restait une quinzaine de véritables sœurs du Perpétuel Secours et qu’elles avaient accepté «ce partage» du moment que l’on n’interférait pas dans leurs affaires ni leur culte.

Inutile de dire que toutes leurs vies avaient été passées au peigne fin par les services secrets, pour s’assurer de leurs « bons sentiments et bonne croyances » avant de s’y installer.

Clotilde se trouva parfaitement à l’aise dans ses nouvelles fonctions, son enseignement et cela dû sans doute à ses parents très croyants et son séjour dans ce couvent après le drame de sa jeunesse.

En dehors des cours, doucement elle se rapprocha des sœurs, de la véritable mère supérieure, finissant par devenir de plus en plus croyante, suivant même des cours de théologie, se mit à apprendre des chants, se rendant à la prière avec les sœurs avec qui elle passait régulièrement du temps. Cela surprit, les autres formatrices de la DGSE, présentes au couvent ; mais comme Clotilde était la perfection même, savait enseigner et faire des démonstrations de self-défense, savait aussi diriger cette école, quelques peu spéciale, personne ne trouva à redire. Le Grand patron à Paris et le ministre de l’intérieur furent très surpris au bout de 2 ans de recevoir cette demande de la part de Clotilde, qu’elle désirait aussi intégrer, la congrégation des sœurs du Perpétuel Secours, ce que tout la monde, sur place, avait acté dans le plus grand secret, était à présent accepté par ses hauts supérieurs et le ministre ; au vu des résultats excellent fournis par ce « centre d’entrainement » la qualité, le professionnalisme des 1ères agents issues du Couvent, il n’y avait pas de raison de refuser cela à Clotilde qui, avec toute son équipe, savait parfaitement former des agents de terrain.

Aussi quand l’heure de sa retraite du service de la DGSE arriva, elle devint au bout de quelques mois la véritable mère supérieure, l’ancienne ayant hélas rejoint le paradis. Elle continua de donner encore quelques cours et des conseils, épaulant un peu sa remplaçante de la DGSE, tout le temps qu’elle resta au couvent. Et puis un peu la fatigue, une certaine lassitude, elle partit vers un autre couvent, celui des sœurs missionnaires à Menton. Et c’est là qu’elle eut cette idée d’écrire cette « intimité » de sa vie. Au bout de quelques mois, le livre fut un bestseller aux éditions Grasset.

Sœur Clotilde, sortit un peu de sa retraite pour quelques passages télé et radio régionales avant de retourner à son couvent pour y finir sa vie. Tous les droits d’auteur furent partagés entre les sœurs du perpétuel secours et les sœurs missionnaires. Son roman autobiographique s’appelait « Sœur 007 »

Commentaires 2

  • Lilah

    Quelle histoire ! J'ai bien envie d'offrir à ma fille la bio de soeur 007 pour lui donner du coeur au ventre par ces temps de morosité mais avant d'engager cette dépense, j'aimerais savoir si soeur Clotilde donne dans son bouquin ses recettes pour rebondir après chaque drame et réussir chacune de ses entreprises .
    En tout cas, c'est une histoire insolite et très amusante .

    Lilah

  • Sophie

    et bien, Sœur Clotilde, peut parfois donner des conseils, suivant les situations, apaiser peut-être… cependant, il est de bon ton de savoir qu'avant tout les solutions sont en chacun de nous, dans son "moi" ou son "fort intérieur" ;
    malgré tout la bienveillance d'une aide extèrieur ( vue dans un texte de cette jeune fille en pensionnat chez les sœurs) pardon mais je ne sais plus qui à écrit.
    merci beaucoup.
    pour vous raconter la genèse de cet écrit, je me suis inspirée du roman d'espionnage, que j'essaye de poursuivre et terminer avant de le publier. dans ce roman, il y a une sœur qui intervient et qui travaille pour la DGSE.

    Sophie

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