Encrier 87

Textes des ateliers virtuels de 2021 Texte de Sophie du 19 février - Jeu 3

La jeune lieutenant de police n’était arrivée que depuis quelques semaines dans cette jolie région de Champagne. Elle avait juste la limite d’âge pour avoir eue accès au concours et ensuite intégrer l’Ecole Nationale de Police dans le Val de Marne. Elle avait dû s’ingurgiter les cours, elle qui n’était pas très « école » ; c’était plutôt une femme de terrain, au vue de ses états de services, après ses 10 ans d’armée. Elle avait combattu au sein de l’ Opération Barkhane, où elle en avait vue des vertes et des pas mures. C’est aussi pour cela, qu’elle avait été accepté à la veille de ses 35 ans pour intégrer l’école où elle avait bien réussi notamment grâce à ses aptitudes sur le terrain ; aucuns élèves masculins ne lui arrivaient à la cheville.

Pour ce retour, au calme, si l’on peut dire, elle avait bien évidemment choisi sa région natale et la jolie ville de Reims et ainsi retrouver famille et amis. Avec sa réputation de combattante, le commissaire qui l’avait accueilli courtoisement, ne voulait pas trop lui confier de missions délicates, craignant qu’elle ne transforme la ville en zone de guerre. Aussi les premières semaines étaient plutôt calme et Reims, ce n’était pas non plus les faubourgs de Bamako, voir les cités du neuf trois.

Ce jour-là, elle avait été déléguée pour assister à une « mise en bière » et une pose de scellés sur un cercueil, avant qu’il ne parte pour un cimetière à l’autre bout de la France. Même si elle avait vu beaucoup de cadavres, cela n’avait jamais été sa tasse de thé. Puis elle sortit de la chambre funéraire monta dans son berlingot pour aller jusqu’au commissariat. Au vue de la baisse drastique des budgets, elle était obligée de prendre son véhicule personnel ; de plus 2 voitures de fonction était au garage de la police pour réparations. En rentrant, elle fut convoquée dans le bureau du commissaire.

Il y avait aussi une baisse d’effectifs, les burn out étaient passés par là. Un dépôt de plainte avait été fait par un particulier qui avait vu sa voiture accrochée par un gros 4X4 noir et ne s’était pas arrêté. Le plaignant avait eu le temps de relever le N° de la plaque.

Il s’avérait que le 4X4 en question appartenait à une personnalité de la ville, important éleveur de chevaux et principale actionnaire et président de la société de l’hippodrome de Reims. Inutile de dire qu’il fallait mieux prendre des pincettes avec lui et plutôt aller le voir, plutôt que de le convoquer au commissariat.

Le commissaire faisait la leçon à sa lieutenant.

— Je connais vos antécédents sur vos actions au Mali, votre façon de régler certains conflits ou de trouver des arrangements à votre manière, seulement ici, nous ne sommes pas sur un théâtre d’opérations, ni en lutte armée avec des rebelles, alors je vous demande du tact dans cette affaire, s’il vous plait, surtout que ce n’est qu’un banal accident sans grave conséquences, juste un peu de tôle froissée.

— Et pourquoi le plaignant ne voit pas avec son assurance directement ?

— Et bien disons, qu’il avait pris en chasse le véhicule, du conducteur qui l’avait accroché, qu’il l’a rattrapé. Seulement,….

— Seulement ?

— Et bien, il n’a rien voulu savoir, il a bousculé un peu le plaignant et repartit avec son 4X4.

— Ah oui je vois. Et il s’appelle comment ce …. poète ?

-- Jean Philippe de Rochais de St Pierre

— Et bien dites donc …. Quel programme ! Et le plaignant, il s’appelle comment ?

— Qu’est-ce que ça peut faire ?

— Et bien j’ai envie de savoir ; vous me confiez une enquête

— Une enquête ? comme vous y allez lieutenant, c’est plutôt de trouver un arrangement avec Monsieur de Rochais de St Pierre, pour qu’il règle ce … diffèrend à l’amiable, qu’il fasse un chèque pour les réparations du véhicule du plaignant et voilà.

— Et pourquoi prendre autant de pincettes avec ce De St Pierre ?

— Il verse aussi une somme conséquente aux orphelins de la police, alors, ce serait bien de ne pas le vexer, le brusquer, enfin….vous voyez !

— Ah et bien on y arrive. Bon, je vais voir ce que je peux faire…

La lieutenant commençait à partir

— Ah…. Pas d’esclandres s’il vous plait lieutenant, je ne voudrais pas déjà, disons prendre des mesures qui ne me plairont pas et qui pourrait nuire à votre avancement.

La lieutenant revint d’un pas décidé vers le commissaire

— Mais dites-moi, monsieur le commissaire, n’êtes-vous point-là par mesure disciplinaire pour une grosse bavure dans votre service et dont l’affaire n’est pas tout à fait terminée ?

— Mais …

— Alors laissez-moi faire comme je l’entends.

Et la lieutenant retourna à son bureau, laissant le commissaire sans voix.

Comment pouvait-elle être au courant ? il en transpirait. Il sortit un mouchoir pour s’essuyer et s’enferma dans son bureau.

Un peu plus tard, la lieutenant discutait avec le collègue qui avait pris la déposition. Le plaignant s’appelait François Pignon et d’après ses dires, il avait été plus que bousculé. Il avait carrément pris un « pain » par de Rochais de St Pierre.

— Et bien dis donc, c’est un sacré personnage !

— Tu parles, il paye jamais ses contraventions, copains comme cochon avec toutes les huiles de la ville, le maire, le préfet, jusqu’à l’ancien ministre, c’est dire.

— Oui je vois. Tu as l’adresse de Pignon ?

— Pourquoi tu veux aller le voir ?

— Oui je vais lui faire ne visite et après j’irais voir l’autre, histoire d’avoir les 2 sons de cloches.

Le lieutenant tendit un papier griffonné à sa collègue, puis celle-ci partit du commissariat.

Deux heures plus tard, elle se garait devant l’hippodrome de Reims.

Elle ne connaissait pas du tout le monde des courses ; elle aimait les chevaux et cela s’arrêtait là .

A l’accueil, elle présenta sa carte d’OPJ et demanda à voir de Monsieur de St Pierre.

Il n’était pas encore passé, mais il venait tous les jours.

La lieutenant indiqua qu’elle allait voir les écuries.

Elle longea la piste sur une centaine de mètres avant de voir l’entrée des écuries et d’être en quelque sorte mise au « parfum » . l’odeur du crottin arrivait jusqu’à elle, sans être trop désagréable ; elle avait senti l’odeur du sang, mêlé à la poudre et autres horreurs alors, le crottin . Des palefreniers et des garçons d’écuries se croisaient ; un maréchal ferrant remettait un fer ; du coup elle s’arrêta pour contempler le travail et discuter avec l’homme. Un cavalier arriva en tirant son cheval.

— Tu pourras remettre un fer au sabot avant droit, je l’ai perdu à l’échauffement.

— Ok ; j’en ai un à faire et après je vois le tien. C’est comment déjà ton cheval?

Calisson

— Ah oui c’est vrai, Calisson .

— Pense à une douce friandise

— Douce douce, j’ai cru comprendre, que c’était pas toujours le cas.

La lieutenant fut interloquée par le nom du cheval et pendant que le maréchal ferrant discutait avec le cavalier, elle s’éloigna pour voir les chevaux dans leur box. Jupiter, Praline, Hypocras, Etna,

Bulbe Tea, non mais elle croyait rêver ; comment pouvait-on handicaper ainsi des chevaux ?

— Ils sont beaux n’est-ce pas ?

Une voix venait de la sortir de ses pensées.

Un type dans un costume 3 pièces, l’air suffisant et arrogant arrivait à sa rencontre . il avait un coté comique avec des sur-chaussures bleus qui montaient jusqu’aux genoux, pour éviter de salir les siennes qui devaient coûter une fortune.

Tout à fait le genre de personnage qu’elle détestait.

— Vous êtes la lieutenant Delaunois ?

— Et vous sûrement M. de Rochais de St Pierre ?

— Oui tout à fait. Que me vaut votre visite Lieutenant ? j’imagine que vous n’êtes pas là pour acheter un cheval.

— Non, pourtant, il s’agit bien de chevaux M . de St Pierre, mais plutôt de chevaux Vapeurs.

— Je m’aperçois que vous n’êtes pas dénuée d’humour Lieutenant .

— Ne vous inquiétez pas pour mon humour, je viens à propos d’une plainte contre vous !

— Une plainte, diable ! venez dans mon bureau, nous serons mieux pour en discuter.

Quelques minutes plus tard, M de St Pierre faisait installer la lieutenant sur une chaise en face de son bureau.

— Alors dites-moi Lieutenant, comment déjà ?

— Lieutenant Delaunois

— Delaunois, Delaunois,… seriez-vous de parents avec le viticulteur ?

— C’est mon oncle ; mais nous ne sommes pas là pour parler de moi mais de vous. Monsieur François Pignon est venu déposer une plainte, pour avoir eu sa voiture accidentée par votre 4X4 noir ; il vous a suivi et lorsqu’il est venu vous rejoindre à pied pour vous demander des explications, vous l’avez frappé et êtes parti en le laissant à demi inconscient.

— Mais c’est lui qui m’a accroché ce connard, je vais pas me laisser avoir par un quidam pareil .

— Ah oui ? il vous a accroché avec son côté gauche de la voiture et il en aurait perdu son rétroviseur. Il a fallu qu’il fasse fort pour venir vous accrocher avec son côté gauche. Vous rouliez comment alors ? Vous ne me prenez pas pour une conne M. de St Pierre.

— Bon écoutez, je suis très connu sur la région, j’ai des relations très hauts placées et je vais pas m’embêter pour un pauvre connard qui sait pas conduire . La lieutenant se leva d’un bond, en poussant le bureau d’un seul coup, coinçant son interlocuteur contre le mur du fond et fit tout dégringoler des objets disposés dessus.

— Ecoute moi bien, de ST Pierre, le connard c’est toi et je déteste les individus de ton espèce.

— Mais mais arrêtez de m’étouffer; laissez-moi sortir, je vais me plaindre à vos supérieurs.

— Ta gueule, ou je te descends.

La lieutenant avait sorti son arme de service.

— Tu cries une fois et je te descends c’est clair.

De St Pierre était livide.

— J’imagine que tu as un paquet de fric dans ton coffre, alors tu vas l’ouvrir , que tu puisse dédommager le plaignant à la hauteur du préjudice.

De St Pierre en bafouillait de rage, de peur, devant la lieutenant.

Elle écarta doucement le bureau pour qu’il puisse aller au coffre. De St Pierre en tremblait.

— Allez magne toi d’ouvrir et fait pas le mariole surtout si tu tiens à la vie.

Jamais il n’avait eu aussi peur. Il ouvrit le coffre doucement, et il y avait un joli paquet de billets à l’intérieur.

— Allez, tu vas me donner 5 liasses de 50 euros, ça devrait aller. Merci, tu vois quand tu veux.

— Allez referme ce coffre, maintenant.

— Un conseil De St Pierre, tu oublies cet incident ; ce serait dommage qu’on apprenne que ton bel hippodrome, sert au blanchiment de l’argent de la drogue, si tu vois ce que je veux dire.

— Mais jamais de la vie.

De St Pierre essayait de se reprendre

— C’est faux ce que vous racontez.

La lieutenant sortit une pochette marron de sa poche et la balança sur le bureau.

— Quand tu auras lut ça, tu seras moins fier, connard ! inutile de dire que ce sont des copies, que les originaux, sont chez un avocat à Paris en sureté dans un coffre et que s’il m’arrivait un truc, tu serais descendu en flèche, mais je crois que j’ai des potes qui te feraient la peau avant ton procès.

— Allez salut et surtout n’oublie pas de continuer à donner aux orphelins de la police, ce serait dommage que je revienne te voir pour ça. La lieutenant tourna les talons, le bureau était en partit dévasté et de St Pierre dans un état pitoyable, au bord du malaise.

Comment pouvait elle tout savoir de ses activités?

Il n’avait qu’une chose à faire, se taire en espérant ne plus avoir affaire à elle.

Commentaires 1

  • Alpico

    Édifiante histoire de ripoux avec un qui n'a pas peur pour son matricule .
    Ça risque de chauffer après : la vie n'est pas toujours un fleuve tranquille ....

    Bravo

    Alpico

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