Encrier 87

Textes des ateliers virtuels de 2021 Texte de Yvos -JEU 5 - Le cul de la vieille

Je viens d’apercevoir les fesses en l’air de Dolores. Une vieille douairière avec un derrière datant de bien avant-hier, ainsi révélé à ma vue. Ça a l’air de rien. Vu de derrière, ça a même un air de déjà vu pour un être comme moi, aux prises avec des fantasmes hispano-séniles.

Il faut dire que des Dolores, dans mon quartier, il n’y a pas deux ancêtres comme elle, en mesure d’offrir au regard, dans une telle posture, penchée en avant, un cul immensurable offert à l’aperçu. Elle, occupée à mater à travers le soupirail de la cave d’une start-up où, ce soir là, se déroulait un pot ni d’accueil ni de départ mais de j’reste.

C’est la dernière nouveauté inventée par les inconditionnels de la bamboche à tous crins, les fanatiques du raout en excès, les adeptes du moindre prétexte à débordement festif. Ils se font fort d’adhérer à la première proposition occasionnelle, quelque futile soit-elle, réunissant les conditions propres à se déchirer la gueule à coups de rasoir anesthésiants pour d’alcoolisantes rasades et pour se donner une éphémère estime de soi dans l’allégresse des montées de coudes exubérantes et des trinqueries viriles et tintinnabulantes.

Dolores, dont le mari s’appelle Gustave et la nièce Maëva-Isabeau, mais ça, c’est une autre histoire, zieutait ce spectacle d’enivrantes gesticulations carnavalesques avec un salivant délice jouissif que je pouvais percevoir au spectacle du tressaillement de son arrière-train. J’eus alors la vision du spectateur invétéré, imaginant une revue salace et impudique, peut-être aux lubriques folies bergères, pourquoi pas avec la lascive Joséphine Baker, offerte à mon voyeurisme sous la forme de divagations incontrôlées qu’un esprit bien dérangé sait faire rentrer dans la bonne case des souvenirs libidineux à conserver.

La vieille, exhibant au tout venant la plus profonde de ses rides au beau milieu de ses fesses blettes, contemplait la noria des canonniers expansifs, déchainés à présent à faire mousser leur enjouement déchenillé, jusqu’à en être rassasiés au point d’en devenir soûls à saturation. Ces débauchés éthyliques s’évertuaient à tester la dernière invention en vogue dans les salons où l’on se murge à satiété sans causer : une disco-tourniquette à vinaigrette destinée à rendre encore plus exubérante la fameuse danse de la chenille, exécutée sur des rails enduits de lubrifiant alimentaire. Dolores observait attentivement qui serait, parmi la bande de dépravés, le premier d’entre-eux à tremper son groin de sniffeur dans la boite à sel pour dégriser les cuites.

Et moi, je contemplais avec délectation la scène de l’arrière train pointé vers les étoiles, de la rombière dont la lune dans ce quartier n’est qu’un objet identifié de notoriété publique. Mais il faut signaler l’inconfortable positionnement, sur les rotules, de ma personne aux prises avec une émotionnelle et claudicante démarche, qui venait encore de me jouer le tour du chien qui heurte un bâton. Cette posture de déséquilibre, figure de style coutumière et répétitive de mes déplacements, constitue l’habituel agissement aussi anodin que récurent de ma locomotion (de censure !) cérébrale. Une psychomotricité (en exemple !) fréquente et itérative qui m’amène fréquemment à cultiver une certaine philosophie sérendipitaire dans l’espoir de me tenir disponible à être étonné par tels évènements auxquels je ne me suis pas préparé. Des faits et gestes inattendus lorsque je suis occupé à suivre mon bref et débonnaire accès à une voie carrossable, mon fugace et aimable passage en allées et venues, c'est-à-dire mon petit bonhomme de chemin…

Ils participent à mon plaisir d’être stupéfait comme je le fus à la vision des beaux restes dorsaux de Dolores sous la voussure de ses larges épaules et de son arrière cul courbé qui la soulage comme dans un tableau des ces deux peintres du même nom !

L’oiseau laisse son cri derrière lui que nul annuaire de teintes ne saurait traduire en nuances de quiétude absolue, balayant mon âme en génitale impuissance : une ataraxie m’amenant à un état d’incapacité à agir et prendre une décision au regard du spectacle inattendu du fessier de Dolores. Cette aboulie quant aux conséquences de la scène vécue m’a transpercé de sa concupiscente flèche d’impossibilité à réagir sinon à me couvrir d’une chaleur empestée de ressentiments malsains faisant monter ma température corporelle jusqu’à l’acmé du supportable.

Finalement, le réchauffement climatique peut aussi se trouver et se vivre au coin de la rue dont le sens unique mène en cul de sac aux égarements fantasmatiques d’un feu au cul. Il m’a fait tomber sur le cul et renversé cul par dessus tête. Une posture dont il vaudrait mieux se gausser en se tapant le cul par terre si on considère qu’il est préférable d’en rire en se faisant violence, en se bottant le cul… Bigre ! Et accepter de recevoir des coups de pieds au cul pour ne  pas avoir à péter plus haut que son cul quand on considère avec diplomatie qu’être cul et chemise avec soi-même est la meilleure solution. En fin de compte, en cas de libidineux incendie de l’hémisphère érotique, rester quoi et agir calmement mais sans tirer au cul.

Commentaires 1

  • shane

    ce récit est pour le moins cul rieux, sans être cul cul la praline. faut il
    cul pabiliser de cette histoire de cul. entre ivrognerie d'un coté et histoire de fesse d'un autre, tout ce mélange et me renvoie un peu l'image des orgies romaines entre boissons et femmes offertes.
    cette histoire est très originale; est ce le souvenir d'un temps passé encore une fois ?

    shane

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