Encrier 87

Textes de Martine G texte de Martine G. du 26 mai : Conversation impossible

Conversation impossible

Oui, ils avaient tous deux fait semblant.

Quelques minutes auparavant, alors qu’elle parlait une fois de plus d’un pays qu’elle aimait, où ils étaient allés ensemble mais où, après leur séparation, lui n’avait jamais pu retourner, le téléphone avait sonné.

« Ma fille », avait-elle dit, puis, d’un ton joyeux « Allo, ma chérie ? ».

Quittant le fauteuil dans lequel il était assis, il est allé se planter devant un tableau accroché au mur, tentant de ne rien entendre. Mais c’était impossible et il eut droit à ce qu’il redoutait le plus : un échange entre mère et fille se donnant, qui plus est, des nouvelles de tous les autres membres de la famille.

Heureusement cela ne dura pas aussi longtemps que cela aurait pu

- une grâce qu’elle lui fit ? -

et, le téléphone raccroché, comme il s’était maintenant rapproché de la fenêtre et regardait le parc, au-delà de la vitre, il l’entendit demander d’un ton léger : « Voyons Richard, de quoi parlions-nous ? »

Le coeur vrillé, il avait répondu : « La guinguette ouvre, si nous allions prendre un café chaud ? »

Un instant d’hésitation puis, se levant, elle avait joué le jeu : « Bonne idée, depuis le changement de propriétaire le café est bien meilleur. »

Mais pourquoi avait-il fallu qu’elle ajoute « C’est Robert qui me l’a dit », flinguant ainsi la guinguette et le café chaud ?

Il avait fait une fois de plus celui qui n’avait pas entendu, l’avait aidée à passer son manteau, lui avait tenu la porte d’entrée mais, quand ils étaient arrivés au parc, lui avait proposé, vu la douceur du temps, de commencer par une promenade vers la roseraie. Elle avait accepté, sans commentaire cette fois, ce qui avait sauvé la roseraie.

Mais, au sortir de celle-ci, regardant rapidement sa montre, il avait évoqué un rendez-vous et pris prétexte de la proximité de la bouche de métro de ce côté du parc pour la quitter là, s’épargnant ainsi la guinguette et le café chaud.

Toute conversation avec elle était devenue maintenant un champ de mines.

Mère, PAF ! Epouse, PAF ! Mère, PAF ! Épouse, PAF !

Il n’y avait aucune échappée, elle se retrancherait là derrière, sûre de son bon droit.

Commentaires 2

  • Jean

    Souvenirs - poignards

    "Oui, ta vie a continué ...sans moi

    Mais pourquoi as-tu, aujourd'hui, accepté (ou provoqué)cette rencontre ?

    Qu'espérais-je en la provoquant (ou en l'acceptant)?"

    Jean

  • Martine

    Merci de ce commentaire-questions qui vous met en effet devant un abîme de réflexions.

    Martine

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