Association Encrier - Poésies et quelques textes

Rencontre avec André Breton et Philippe Soupault La glace sans tain (Les champs magnétiques)

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Écoutez Philippe Soupault

LA GLACE SANS TAIN

Prisonniers des gouttes d'eau, nous ne sommes que des animaux perpétuels. Nous courons dans les villes sans bruits et les affiches enchantées ne nous touchent plus. À quoi bon ces grands enthousiasmes fragiles, ces sauts de joie desséchés ? Nous ne savons plus rien que les astres morts ; nous regardons les visages ; et nous soupirons de plaisirs. Notre bouche est plus sèche que les plages perdues ; et nos yeux tournent sans but, sans espoir. Il n'y a plus que ces cafés où nous nous réunissons pour boire ces boissons fraîches, ces alcools délayés et les tables sont plus poisseuses que ces trottoirs où sont tombées nos ombres mortes de la veille.

(Quelquefois, le vent nous entoure de ses grandes mains froides et nous attache aux arbres découpés par le soleil. Tous, nous rions, nous chantons, mais personne ne sent plus son cœur battre. La fièvre nous abandonne. Les gares merveilleuses ne nous abritent plus jamais : les longs couloirs nous effraient. Il faut donc étouffer encore pour vivre ces minutes plates, ces siècles en lambeaux.)

Nous aimions autrefois les soleils de fin d'année, les plaines étroites où nos regards coulaient comme ces fleuves impétueux de notre enfance. Il n'y a plus que des reflets dans ces bois repeuplés d'animaux absurdes, de plantes connues.

Les villes que nous ne voulons plus aimer sont mortes. Regardez autour de vous : il n'y a plus que le ciel et ces grands terrains vagues que nous finirons bien par détester. Nous touchons du doigt ces étoiles tendres qui peuplaient nos rêves. Là-bas, on nous a dit qu'il y avait des vallées prodigieuses : chevauchées perdues pour toujours dans ce Far West aussi ennuyeux qu'un musée .

Lorsque les grands oiseaux prennent leur vol pour toujours , ils partent sans un cri et le ciel strié ne résonne plus de leur appel . Ils passent au-dessus des lacs des marais fertiles , leurs ailes écartent les nuages trop langoureux.

Il ne nous est même plus permis de nous asseoir : immédiatement des rires s’élèvent et il nous faut crier bien haut tous nos péchés .

Itinéraires interrompus et tous les voyages terminés, est-ce que vraiment nous pouvons les avouer ? Les paysages abondants nous ont laissé un goût amer sur les lèvres. Notre prison est construite en livres aimés, mais nous ne pouvons plus nous évader, à cause de toutes ces odeurs passionnés qui nous endorment.

Nos habitudes ,maîtresses délirantes , nous appellent ce sont des émissions saccadées des silences plus lourds encore ce sont ces affiches qui nous insultent nous les avons tant aimées .Couleur des jours nuit perpétuelle est-ce que vous aussi vous allez nous abandonner?

L’immense sourire de toute la Terre ne nous a pas suffi .

Il nous faut le plus grand désert des villes sans faubourg et ces mers mortes .

La fenêtre creusée dans notre chair s’ouvre sur notre coeur . On y voit un immense lac où viennent se poser à midi les libellules mordorées ou odorantes comme des pivoines . Vous voyez ce grand arbre où les animaux vont se regarder? Il y a des siècles que nous lui versons à boire. Son gosier est plus sec que la paille et la cendre y a des dépôts immenses. On rit aussi, mais il ne faut pas regarder longtemps sans longue-vue. Tout le monde peut y passer dans ce couloir sanglant où sont accrochés nos pêchés, tableaux délicieux, où le gris domine cependant.

Il n’y a plus qu’à ouvrir nos mains et notre poitrine pour être nus comme cette journée ensoleillée .

Tu sais que ce soir il y a un crime vert à commettre . Comme tu ne sais rien , mon pauvre ami . Ouvre cette porte toute grande , et dis-toi qu’il fait complètement nuit , que le jour est mort pour la dernière fois .

Les champs magnétiques

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