Association Encrier - Poésies et quelques textes

Rencontre avec Cesare Pavese :L'huomo solo

Écoutez Gilles-Claude Thierault

L'homme seul - qui a été en prison - se retrouve en prison

toutes les fois qu'il mord dans un quignon de pain.

En prison il rêvait de lièvres qui détalent

sur le sol hivernal. Dans la brume d'hiver

l'homme vit entre des murs de rues, en buvant

de l'eau froide et en mordant dans un quignon de pain.


On croit qu'après la vie va renaître,

le souffle s'apaiser, et l'hiver revenir

avec l'odeur du vin dans le troquet bien chaud,

le bon feu, l'écurie, les dîners. On y croit,

tant que l'on est en taule, on y croit. Puis on sort un beau soir

et les lièvres, c'est les autres qui les ont attrapés

et qui, en rigolant, les mangent bien au chaud.

On doit les regarder à travers les carreaux.


L'homme seul ose entrer pour boire un petit verre

quand vraiment il grelotte, et il contemple son vin :

son opaque couleur et sa lourde saveur.

Il mord dans son quignon, qui avait un goût de lièvre

en prison ; maintenant, il n'a plus goût de pain

ni de rien. Et le vin lui aussi n'a que le goût de brume.


L'homme seul pense aux champs, heureux

de les savoir labourés. Dans la salle déserte

il essaye de chanter à voix basse. Il revoit

le long du talus, la touffe de ronciers dénudés

qui était verte au mois d'août. Puis il siffle sa chienne.

Et le lièvre apparaît et ils cessent d'avoir froid.

Cesare Pavese (1908 -- 1950)Travailler fatigue 1936

Traduit par Gilles de Van

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L'uomo solo


L'uomo solo - che è stato in prigione - ritorna in prigione

ogni volta che morde in un pezzo di pane.


In prigione sognava le lepri che fuggono


sul terriccio invernale.


Nella nebbia d'inverno


l'uomo vive tra muri di strade, bevendo

acqua fredda e mordendo in un pezzo di pane.




Uno crede che dopo rinasca la vita,

che il respiro si calmi, che ritorni l'inverno

con l'odore del vino nella calda osteria,

e il buon fuoco, la stalla, e le cene.

Uno crede,fin che è dentro uno crede.

Si esce fuori una sera,

e le lepri le han prese e le mangiano al caldo

gli altri, allegri.


Bisogna guardali dai vetri.




L'uomo solo osa entrare per bere un bicchiere

quando proprio si gela, e contempla il suo vino :


Il colore fumoso, il sapore pesante.

Morde il pezzo di pane, che sapeva di lepre


in prigione, ma adesso non sa più di pane


né di nulla.


E anche il vino non sa che di nebbia.




L'uomo solo ripensa a quei campi, contento


di saperli già arati.

Nella sala deserta


sottovoce si prova a cantare.


Rivede lungo l'argine il ciuffo di rovi spogliati


che in agosto fu verde.


Dà un fischio alla cagna.

e compare la lepre e non hanno più freddo.

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