Association Encrier - Poésies

Rencontre avec Charles d'Orléans (1394-1465) Rencontre avec Charles d'Orléans (1394-1465) : Ballade LXXV En regardant vers le païs de France

Ballade LXXV

En regardant vers le païs de France,

Un jour m'avint, a Dovre sur la mer,

Qu'il me souvint de la doulce plaisance

Que souloye oudit pays trouver ;

Si commençay de cueur a souspirer,

Combien certes que grant bien me faisoit

De voir France que mon cueur amer doit.


Je m'avisay que c'estoit non savance

De telz souspirs dedens mon cueur garder,

Veu que je voy que la voye commence

De bonne paix, qui tous biens peut donner ;

Pour ce, tournay en confort mon penser.

Mais non pourtant mon cueur ne se lassoit

De voir France que mon cueur amer doit.


Alors chargay en la nef d'Esperance

Tous mes souhaitz, en leur priant d'aler

Oultre la mer, sans faire demourance,

Et a France de me recommander.

Or nous doint Dieu bonne paix sans tarder !

Adonc auray loisir, mais qu'ainsi soit,

De voir France que mon cueur amer doit.

ENVOI

Paix est tresor qu'on ne peut trop loer.

Je hé guerre, point ne la doy prisier ;

Destourbé m'a longtemps, soit tort ou droit,

De voir France que mon cueur amer doit.

Charles d'Orléans.

"L’évocation d’un lieu quitté et que l’on souhaite retrouver est là.

Pour Charles d’Orléans, l’obstacle est physique, objectif : il est prisonnier d’Henry V, puis de son fils, roi de France et d’Angleterre. Il est venu à Douvres, dans la perspective d’un prochain accord entre Charles VII et le roi d’Angleterre. L’accord échouera et ce souhait de retour au pays natal ne sera pas exaucé. Au delà de cette réalité présente, quel drame que son enfance et sa jeunesse!

Il perd son père, assassiné par le duc de Bourgogne, à treize ans et sa mère, tant aimée et qui l’éveilla à la sensibilité poétique, meurt deux ans après.

Enfin, jeune chevalier engagé dans la malheureuse bataille d’AZINCOURT, Il est retrouvé quasiment mort sous un tas de cadavres, et il devient , de par sa position dynastique, un otage précieux pour le roi d’Angleterre, qui songea plusieurs fois à l’éliminer pour la même raison."

(Texte page 111 de Bruno Rostain dans son livre Dépressions, le chemin des poètes-Anthologie de poèmes, édité chez l’Harmattan 2015)

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