Association Encrier - Poésies

Rencontre avec Georges Perros Rencontre avec Georges Perros (1923-1978): Qu'elle nous soit présente , la Bretagne

Qu'elle nous soit présente , la Bretagne

Dans ses humeurs , ses élans , son mystère ,

Son mystère surtout

Approchons-nous-en doucement

Laissons-nous faire et défaire

Par cette magie enfantine

Qui vient des mots tout simplement

Laisse-toi guider , conduire , vivre

Je veux dire rêver tout haut

Grâce à ces mots qui savent être durs comme le granit

Entre avec moi dans cette brume

Toujours provisoire ici

La tête de l'homme , fragile sémaphore ,

Contre la tête du vent , ce buffle aveugle

Ecoute ces mots qui ont des gueules terribles

Comme on en voit sur les calvaires

Ou dans les romans de Victor Hugo

Ecoute :

Grouannec Coz

Kerhornaouen

Roudoushin

Treouergat

Louxourougoen

Couxenzen

Keralleunoc

Stangkergoulas


Enfonce-toi plus avant dans ce pays

Qui est comme une pince jamais refermée

Pour que l'océan ne s'y engouffre

En conquérant , ou en flâneur

Dans les anses par-delà Brest

Viens et vois comme au fur et à mesure

Que tu marches

Ton rêve se déploie se déplie

Se métamorphose en un réel drapeau géant

Qui serait planté au sommet brut

Des Monts datée

Cette Egypte sans Nil et sans Rois

Où le diable fait la grimace

Il a dû se pendre par là

Et ressusciter dans la mer

Où sa queue fait encore peur

Aux marins quand ils le rencontrent.

Un drapeau à la gloire duquel

Se libère le ciel , soudain immense

Plus spacieux que n'importe où

On a l'impression que tous les saints du monde

L'ont choisi pour y faire la sieste ,

Quand il est doux

Que les démons mangent les restes

Du repas des saints , et se battent

Quand il s'échelonne en hurlant

Comme un fou qui renie son âme

Se libère la terre

Qui n'en peut plus de s'étirer

Comme tu fais toi-même

Homme heureux d'être loin des hommes

De tes hommes particuliers

D'affaire ou de triste commerce

Et qui te met les bras en croix

Dans le bâillement de l'espace

La terre aussi semble se plaire

A ces jeux de respiration

Au fur et à mesure que l'homme se raréfie

L' homme taupe

L' homme rat

L' homme puce

Qui saute ici et puis ailleurs

Dans son délire quotidien

Ce parasite qui suce le sang de la vie

Mais il en perd toutes couleurs , ainsi

Finissent pas mal d'hommes.

Poèmes bleus p.64-65-66 (le chemin Gallimard)

Ajouter un commentaire

Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.