Association Encrier - Poésies et quelques textes

Rencontre avec Jean-Paul de Dadelsen (1913-1957) : Bach en automne II

Bach en automne

II

J’ai connu jadis les jours de marche, les ormes vers le soir énumérés


        De borne à borne sous le soleil chromatique,


L’auberge à la nuit où fument quenelles de foie et cochon frais.


Jadis à libres journées j’ai marché jusqu’à Hambourg écouter le vieux maître.


        Haendel en chaise de poste s’en est allé


Distraire le roi de Hanovre ; Scarlatti vagabonde dans les fêtes d’Espagne.


            Ils sont heureux.


Mais à quoi serviraient les pédales des orgues, sinon


        À signifier la route indispensable ?


Sur ce chemin de bois, usé comme un escalier, chaque jour, que ce fût


Sous les trompettes de Pâques ou les hautbois jumeaux de Noël,


        Sous l’arc-en-ciel des voix d’anges et d’âmes,


De borne à borne répétant mon terrestre voyage, j’ai arpenté


        La progression fondamentale de la basse.


Au-dessus de la route horizontale par où les négociants partent non sans péril


        Marchander aux échoppes de Cracovie


les perruques, les parfums, les peaux apportées des éventaires de Novgorod,


Seule l’alouette s’élance dans la verticale divine.


        Avant qu’à la suite de son Soleil


Hors de la tombe, de l’ordre, de la loi, l’âme éployée ne parvienne à jaillir.


        La terre apprise avec effort est nécessaire.

Jean Paul de Dadelsen, Bach en automne, in Jonas suivi de Les Ponts de Budapest et autres poèmes ; présenté par Henri Thomas et Denis de Rougemont. Édition des Ponts de Budapest et autres poèmes par Baptiste-Marrey , Collection Poésie/Gallimard N° 405, 2005,  p. 25.

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