Association Encrier - Poésies et quelques textes

Rencontre avec Jean-Paul de Dadelsen (1913-1957) :Bach en automne V

Bach en automne   V

  A travers la futaie de l’orgue le souffle qui chantera la gloire du Seigneur

Est à larges semelles boueuses pompé par le fossoyeur sacristain.

Dans son effort boiteux sur le soufflet, le bonhomme, tête levée,

Bras à la barre, les jambes écartées figure une difforme

Étoile pentagonale

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  À mi-chemin entre l’origine et la perfection des temps,

Cinq est le chiffre de l’homme, irrésolu parmi les choses certaines.

Désordre essentiel dans la balance. Arbre mobile,

Animal hésitant, ange aveuglé. Adam dresse dans la lumière

Le cri de son infirmité.

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  Le pâtre, le pêcheur, et l’arbre même sont minuscules sur la plaine.

Grand arbre horizontal, j’ai souvent regardé le fleuve. Õ platitude divine !

Tandis que sur un même obstacle l’eau successive répète une forme perpétuelle

L’Elbe depuis la mer jusqu’à ses mille sources demeure

Partout présente d’un seul tenant.

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  J’ai vu l’oiseau judicieux pêcher de son bec courbe et jaune,

Le soleil d’entre les nuages allumer les bulles de la carpe. Ce sont

Détails heureux. Mais gonflé de pluie ou rumeur dans la brume

La voix qu’impose le fleuve surgit de la constance

D’une eau sans visage et sans nom.

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  Maintenant que ma vie est étale dans la plaine assombrie

Et que la nuit avec indifférence vient lisser mes eaux taciturnes,

Accorde-moi Seigneur, à l’heure où de tes profondeurs

Affleure l’ordre sonnant des astres , de refléter encore

Leurs intervalles immuables.

In Jonas suivi de Les Ponts de Budapest © Gallimard/Poésie, p 29/30

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