Association Encrier - Poésies et quelques textes

Rencontre avec Joseph Brodsky(1940-1996) : Une halte dans le désert- Le cheval noir

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Une halte dans le désert

Le grand ciel noir était plus pâle que ces jambes

Avec l’obscurité il ne pouvait se fondre

C’était le soir où près de notre feu

Un cheval noir apparut à nos yeux

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Je n’ai pas souvenir de noir plus sombre

Plus noires que charbon étaient ses jambes

Il était noir comme la nuit, comme le vide

Il était noir de la crinière au fouet

Mais c’est d’un autre noir, déjà

Qu’était son dos qui ignorait la selle.

Il restait sans bouger. Endormi semblait-il.

Et la noirceur de ses sabots était terrible.

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Il était noir, inaccessible à l’ombre.

Si noir, qu’il ne pouvait être plus sombre.

Aussi noir que l’est la nuit noire à minuit

Aussi noir que l’est le dedans d’une aiguille

Aussi noir que sont les futaies les plus hautes

Comme dans la poitrine l’espace entre les côtes

Comme le trou sous terre où se cache le grain

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A l’intérieur de nous c’est noir, je le crois bien.

Et pourtant oui, il devenait plus sombre!

Il n’était que minuit à notre montre

Il était là, sans s’avancer d’un pas

Sous son ventre régnaient des ténèbres insondables

Son dos déjà disparaissait ,plus rien de clair ne restait.

Ses yeux luisaient en blanc comme une chiquenaude,

Sa prunelle en était plus effrayante encore.

Il était comme un négatif


Pourquoi avait-il donc, suspendant son pas vif

Décidé de rester parmi nous si longtemps ,

Sans s'éloigner de notre feu de camp ?

Pourquoi respirait-il cet air si noir,

Faisant craquer les branches sous son poids?

Pourquoi ce rayon noir qu’il faisait ruisseler?

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Parmi nous tous, il se cherchait un cavalier.

Joseph Brodsky / Collines et autres poèmes (1966)
-traduit du russe par Jean-Jacques Marie

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