Association Encrier - Poésies

Rencontre avec Juan Gelman Rencontre avec Juan Gelman (1930-2014) : Hacia el Sur-Vers le Sud

Écoutez

HACIA EL SUR

te amo señora/como el sur/

una mañana sube de tus pechos/

toco tus pechos y toco una mañana del sur/

una mañana como dos fragancias


de la fragancia de una nace la otra/

o sea tus pechos como dos alegrías/

de una alegría vuelven los compañeros muertos

en el sur

establecen su dura claridad/


de la otra vuelven al sur/vivos por/

la alegría que sube de vos/

la mañana que das como almitas volando/

almando el aire con vos/


te amo porque sos mi casa y los compañeros

pueden venir/

sostienen el cielo del sur/

abren los brazos para soltar el sur/

de un lado les caen furias/del otro/


trepan sus niños/abren la ventana/

para que entren los caballos del mundo/

el caballo encendido de sur/

el caballo del deleite de vos/


la tibieza de vos/mujer que existís/

para que exista el amor en algún lado/

los compañeros brillan en las ventanas del sur/

sur que brilla como tu corazón/


gira como astros/como compañeros/

no hacés más que subir/

cuando alzás las manos al cielo/

le das salud o luz como tu vientre/


tu vientre escribe cartas al sol/

en las paredes de la sombra escribe/

escribe para un hombre que se arranca los

huesos/

escribe la palabra libertad/

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VERS LE SUD

je t’aime/dame/comme le sud/

un matin monte de tes seins/

je touche tes seins et je touche un matin du sud/

un matin comme un double parfum/


du parfum de l’un se lève l’autre/

ou bien tes seins comme double allégresse/

de l’une reviennent les compagnons morts dans le sud/

ils établissent leur dure clarté/


de l’autre ils reviennent au sud/vivants de

l’allégresse qui monte de toi/

le matin que tu donnes comme de douces âmes volant/

faisant âme l’air avec toi/


je t’aime car tu es ma maison et les compagnons

peuvent venir/

ils soutiennent le ciel du sud/

ils ouvrent les bras pour lâcher le sud/

d’un côté leur tombent des furies/de l’autre


grimpent leurs enfants/ils ouvrent la fenêtre

pour qu’entrent les chevaux du monde/

le cheval enflammé de sud/

le cheval du délice de toi/


la tiédeur de toi/femme qui existes

pour que l’amour existe quelque part/

les compagnons brillent aux fenêtres du sud/

de ce sud qui brille comme ton cœur/


tourne comme des astres/ou compagnons/

tu ne fais que monter/

quand tu lèves les mains au ciel

tu lui donnes santé ou lumière comme ton ventre/


ton ventre écrit des lettres au soleil/

sur les murs de l’ombre il écrit/

il écrit pour un homme qui s’arrache les os/

il écrit liberté/

Juan Gelman, Vers le sud et autres poèmes, Éditions Gallimard, Collection Poésie, 2014, pp. 213-214. Présenté et traduit de l’espagnol par Jacques Ancet. Postface de Julio Cortázar.

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Juan Gelman

Poète, traducteur, journaliste, militant révolutionnaire, Juan Gelman est né à Buenos Aires en 1930 et mort tout récemment à Mexico, le 14 janvier 2014. Touché dans sa chair par la dictature des années 76-82 (son fils et sa belle-fille disparaîtront dans les geôles de militaires) il connaît un long exil en Europe durant lesquels il écrit ses textes les plus impressionnants. Lauréat des plus prestigieux prix de poésie hispaniques comme le Prix Cervantès, le Nobel espagnol en 2007, il est considéré comme l’un des plus grands poètes latino-américains de son temps. Plusieurs de ses recueils ont paru en français dont Salaires de l’impie et autres poèmes, traduit par Jean Portante, (éditions PHI, Luxembourg, 2002), L’opération d’amour, traduit par Jacques Ancet, (Gallimard, 2006), Lettre ouverte, suivie de Sous la pluie étrangère traduit par Jacques Ancet (Caractères, 2011), L’Amant mondial traduit par Jean Portante (Caractères, 2012), Com/positions traduit par Jacques Ancet (Caractères, 2013), Les autres traduit par Jean Portante (Caractères, 2014) et Vers le sud et autres poèmes, traduit par Jacques Ancet (Poésie/Gallimard, 2014).

Vient de paraître chez Caractères La Lumière et les cendres « milonga pour Juan Gelman », de Jacques Ancet traduit en argentin par Rodolfo Alonso.

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