Association Encrier - Poésies

Rencontre avec Kandinsky Rencontre avec Kandinsky : Collines (Hugel)

Collines(Hugel)

Une masse de collines de toutes les couleurs que l’on puisse et veuille imaginer .Toutes de différentes tailles , mais de formes toujours semblables , c’est-à-dire d’une seule forme : épaisse à la base , enflée sur les côtés , ronde et plate au sommet . Donc , de simples collines habituelles comme on les imagine toujours et comme on ne les voit jamais .

Entre les collines serpente un petit sentier d’un blanc pur , c’est-à-dire ni bleuâtre ni jaunâtre ne tirant ni vers le bleu , ni vers le jaune .

Un homme , vêtu d’un long habit noir et sans plis qui couvre même les talons , marche sur ce sentier . Son visage est pâle , mais sur les joues deux taches rouges . Les lèvres sont du même rouge . Il porte en bandoulière un grand tambour qu’il bat .

L’homme marche d’une très drôle de manière .

Tantôt il court et bat son tambour fiévreusement , à coups saccadés .

Tantôt il marche lentement , peut-être perdu dans ses pensées et bat son tambour presque mécaniquement , traînant en longueur : un… un… un… un tantôt il s’arrête net et bat son tambour comme un jouet , le petit lapin blanc en douce fourrure que nous aimons tant .

Mais cet arrêt ne dure pas longtemps .

Voici que l’homme court de nouveau et bat son tambour fiévreusement à coups saccadés .

L’homme noir , tout à fait épuisé est étendu de tout son long sur le sentier blanc entre les collines de toutes les couleurs . Près de lui son tambour ainsi que les deux baguettes .

Enfin , il se lève . Bientôt il recommencera à courir .

Tout cela je l’ai vu d’en haut et je vous prie, vous aussi , de le regarder d’en haut .

Kandinsky -Premier poème de l'album Résonances , traduit par Philippe Soupault

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