Association Encrier - Poésies

Rencontre avec Maurice Blanchard (1890-1960) Rencontre avec Maurice Blanchard (1890-1960) : D'une prison , extrait de La ligne droite

D’une prison

Ce n'est pas la mort. Ce n'est pas cette mort avec les pattes raides et cette impassible gueule de greffier sur qui quarante années d'immondices auraient passé .Mais c'est un monde quand même, un monde au langage secret où l'expression « faire pleurer les pierres » a un sens. L'eau filtrée par la pierre, c'est l'eau pure, c'est l'eau de roche. Roche, cœur de la Terre et la Terre est pure, au loin, à l’intérieur. Et l'or est pur, et l'argent est pur. La puissance de l’or, c'est la liberté.J'avais vingt francs dans le creux de la main, berceau de l’aventure, et j'avais le poing bien fermé, comme un bourgeon qui doit éclore, et je me suis délivré du servage pour atteindre la mer. Les chiens du seigneur ne peuvent rien contre une pièce d'or qu’on serre dans la main. Je vis luire bien des aurores, puis je lançai ma pièce d'or dans la mer, dans la mer profonde. Les chancres à deux pattes et à la gueule grande me lièrent à nouveau à un crépuscule de vermine. Mon cœur se durcit et fit naître des griffes de tigre.

Maurice Blanchard -La ligne droite In Les barricades mystérieuses Poésie-Gallimard ,p.82

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