Association Encrier - Poésies et quelques textes

Rencontre avec Pablo Neruda : Les hauteurs du Macchu Picchu- XIIe et dernier chant (traduction de Roger Caillois)

Extraits de la Préface de Roger CAILLOIS à sa traduction de l’oeuvre DE PABLO NÉRUDA

"Macchu Picchu , cité ou forteresse cyclopéennes , se dresse , au-dessus des lianes et des orchidées , sur une étroite plate-forme au flanc d’un pic des Andes .

Découverte en 1911 par un professeur de Yale , Hiram Bingham , elle passe pour le dernier refuge où s’isola , après la conquête de Cuzco par Pizarre , un parti d’Incas irréductibles .

Hiram Bingham la rechercha sur la foi d’un texte de Garcilaso qu’on tenait alors pour conte de nourrice .Il découvrit et le site inconcevable et les murailles inintelligibles .

Ces blocs énormes , hissés à telle altitude , polis , strictement assemblés , témoignent d’un monstrueux et inutile effort .

Sous la pointe du mont , une terrasse surplombe un coude du fleuve Urabamba , qui brille à fond d’abîme . Nid d’aigle émergeant de l’inextricable et vivace entrelacs de la forêt-mère , les murs gigantesques demeurent un défi et une énigme de l’homme à l’histoire .

Pablo Néruda (s’en est) approché en pèlerin venant s’interroger sur un immense et obscur martyr .

Au prix de quels sacrifices l’industrie humaine parvint-elle à installer au coeur de cette solitude la mieux protégée ses structures personnelles : perpendiculaires et hypoténuses , rectangles et trapèzes ?

Le poème de Néruda n’est rien d’autre qu’une longue méditation lyrique sur la grandeur et peut-être l’absurde de pareille entreprise

Hauteurs de Macchu Picchu est né de cet accord entre la grandeur de l’objet du poème et l‘éclat de sa langue . Les confuses , les contradictoires , les indestructibles revendications humaines y sont exprimées en un style d‘une brutale et fastueuse splendeur .

C’est assez pour que plusieurs reconnaissent en ce presque psaume un des sommets de l’oeuvre de Pablo Neruda ."


Photographie de MartinChambi PRISE EN 1925

MachuPicchu1925.jpeg

Machu.Picchu.original.jpg

XII

Écoutez ce chant XII en français


XII

MONTE ! Et nais avec moi ,frère !


SUBE a nacer conmigo, hermano.

———————————

Donne-moi la main , du fond

De ta douleur éparse .

Tu ne reviendras pas de l’épaisseur des pierres ,

Tu ne reviendras pas du temps souterrain,

Ni ne reviendra ta voix rauque ,

Ni ne reviendront tes yeux perforés .

—————————-

Dame la mano desde la profunda

zona de tu dolor diseminado.

No volverás del fondo de las rocas.

No volverás del tiempo subterráneo.

No volverá tu voz endurecida.

No volverán tus ojos taladrados.


Regarde-moi depuis le fond de la terre

Laboureur , tisserand , pasteur taciturne :

Dompteur des guanacos tutélaires :

Maçon du traître échafaudage :

Porteur d’eau chargé des larmes des Andes :

Joaillier aux doigts broyés :

Semeur tremblant dans sa semence :

Potier répandu dans sa glaise .

—————————

Mírame desde el fondo de la tierra,

labrador, tejedor, pastor callado:

domador de guanacos tutelares:

albañil del andamio desafiado:

aguador de las lágrimas andinas:

joyero de los dedos machacados:

agricultor temblando en la semilla:

alfarero en tu greda derramado.


Apportez à la coupe de la vie nouvelle

Vos vieilles douleurs ensevelies .

Montrez-moi votre sang , votre sillon

Dites-moi : ici, je fus puni

Parce que la gemme fut sans éclat , parce que le sol

Ne donna pas à temps la pierre ou le grain .

Désignez-moi la pierre où vous êtes tombés ,

Le bois où vous fûtes crucifiés

Éclairez pour moi les antiques silex ,

Les vieilles lampes , les fouets collés

Aux plaies à longueur de siècles

Et les haches brillantes sous le sang .

————————————

Traed a la copa de esta nueva vida

vuestros viejos dolores enterrados.

Mostradme vuestra sangre y vuestro surco,

decidme: aquí fui castigado,

porque la joya no brilló o la tierra

no entregó a tiempo la piedra o el grano:

señaladme la piedra en que caísteis

y la madera en que os crucificaron,

encendedme los viejos pedernales,

las viejas lámparas, los látigos pegados

a través de los siglos en las llagas

y las hachas de brillo ensangrentado.


Moi , je viens parler par votre bouche morte .

Utilisez à travers la terre toutes vos

Silencieuses lèvres dispersées

Et depuis votre abîme , durant toute

Cette longue nuit , parlez-moi

Comme si j’étais retenu par la même ancre que vous ,

Racontez-moi tout , chaîne après chaîne ,

Maillon après maillon , pas à pas ,

Affilez les couteaux que vous avez conservés

Mettez-les moi dans la poitrine et dans les mains

Comme fleuve d’éclairs jaunes

Comme fleuves de tigres enterrés

Et laissez-moi pleurer , des heures , des jours , des ans

Des âges aveugles , des siècles sidéraux .

—————————

Yo vengo a hablar por vuestra boca muerta.

A través de la tierra juntad todos

los silenciosos labios derramados

y desde el fondo habladme toda esta larga noche

como si yo estuviera con vosotros anclado,

contadme todo, cadena a cadena,

eslabón a eslabón, y paso a paso,

afilad los cuchillos que guardasteis,

ponedlos en mi pecho y en mi mano,

como un río de rayos amarillos,

como un río de tigres enterrados,

y dejadme llorar, horas, días, años,


Donnez-moi le silence , l’eau , l’espérance

————————

Dadme el silencio, el agua, la esperanza.

—————

Donnez-moi la lutte , le fer , les volcans .

———————

Dadme la lucha, el hierro, los volcanes.

—————

Comme autant d’aimants , suspendez à moi vos corps .

————————

Apegadme los cuerpos como imanes.

——————

Envahissez mes veines et ma bouche .

————————

Acudid a mis venas y a mi boca.

—————————

Parlez par mes mots , parlez par mon sang .

—————————

Hablad por mis palabras y mi sangre.

Traduction de Roger Caillois

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Écoutez Pablo Neruda

XII

SUBE a nacer conmigo, hermano.


Dame la mano desde la profunda

zona de tu dolor diseminado.

No volverás del fondo de las rocas.

No volverás del tiempo subterráneo.

No volverá tu voz endurecida.

No volverán tus ojos taladrados.


Mírame desde el fondo de la tierra,

labrador, tejedor, pastor callado:

domador de guanacos tutelares:

albañil del andamio desafiado:

aguador de las lágrimas andinas:

joyero de los dedos machacados:

agricultor temblando en la semilla:

alfarero en tu greda derramado.


Traed a la copa de esta nueva vida

vuestros viejos dolores enterrados.

Mostradme vuestra sangre y vuestro surco,

decidme: aquí fui castigado,

porque la joya no brilló o la tierra

no entregó a tiempo la piedra o el grano:

señaladme la piedra en que caísteis

y la madera en que os crucificaron,

encendedme los viejos pedernales,

las viejas lámparas, los látigos pegados

a través de los siglos en las llagas

y las hachas de brillo ensangrentado.


Yo vengo a hablar por vuestra boca muerta.

A través de la tierra juntad todos

los silenciosos labios derramados

y desde el fondo habladme toda esta larga noche

como si yo estuviera con vosotros anclado,

contadme todo, cadena a cadena,

eslabón a eslabón, y paso a paso,

afilad los cuchillos que guardasteis,

ponedlos en mi pecho y en mi mano,

como un río de rayos amarillos,

como un río de tigres enterrados,

y dejadme llorar, horas, días, años,

edades ciegas, siglos estelares.

————

Dadme el silencio, el agua, la esperanza.

—————

Dadme la lucha, el hierro, los volcanes.

—————

Apegadme los cuerpos como imanes.

——————

Acudid a mis venas y a mi boca.

—————————

Hablad por mis palabras y mi sangre.

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