Association Encrier - Poésies et quelques textes

Rencontre avec Saint-John Perse (1887 - 1975): Éloges V

Texte de Roger Caillois

"Marie-René Alexis Saint-Léger léger , qui devait prendre en poésie le pseudonyme de Saint-John Perse , est né le 31 mai 1887 à la Guadeloupe , dans un minuscule îlot de plaisance situé au large du port de Pointe - à - Pitre . Ses parents étaient issus de vieilles familles françaises installées aux Antilles depuis plusieurs générations . Ses premiers poèmes sont emplis des images de son enfance , fixées comme sur des vues de lanterne magique , dont elles ont les teintes fraîches et transparentes , le dessin décisif et simple , la féerie . Un univers seigneurial , une existence à la fois libre et rituelle dans un décor de végétaux géants et d'insectes lumineux , hanté de silhouettes , d'ombres , de fantômes de toutes races et coutumes , de toutes croyances , achevant et recommençant dans l'éclat solaire et dans les ténèbres des palmes leurs lentes révolutions d'astres morts .(…) L'oeuvre entière du poète , il est vrai de façon de plus en plus lointaine , diluée , dégagée comme cercles dans l'eau qui vont s'élargissant jusqu'à devenir imperceptibles , continuera d'en tenir ses lettres de noblesse et d'en répercuter sous mille et une formes toujours plus amples, plus allusives et eln même temps plus graves , la dignité originelle ."

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V

. . . Or ces eaux calmes sont de lait

et tout ce qui s'épanche aux solitudes molles du matin.


Le pont lavé, avant le jour, d'une eau pareille en songe au mélange de l'aube, fait une belle relation du ciel. Et l'enfance adorable du jour, par la treille des tentes roulées, descend à même ma chanson.


  Enfance, mon amour, n'était-ce que cela? . . .


Enfance, mon amour . . . ce double anneau de l'oeil et l'aisance d'aimer . . .

II fait si calme et puis si tiède,

il fait si continuel aussi,

qu'il est étrange d'être là, mêlé des mains à lafacilité du jour . . .


  Enfance mon amour! il n'est que de céder . . . Et l'ai-je dit, alors? je ne veux plus même de ces linges

à remuer, dans l'incurable, aux solitudes vertes du matin . . . Et l'ai-je dit, alors? il ne faut que servir

comme de vieille corde . . . Et ce coeur, et ce cceur, là! qu'il traîne sur les ponts, plus humble et plus sauvage et plus, qu'un vieux faubert,

exténué . . .

Écoutez Jean-Louis Jemma

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