Association Encrier - Poésies et quelques textes

Rencontre avec Saint-John Perse (1887 - 1975):  Chronique VIII 1959

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Écoutez Sophie Bourel

« … Grand âge, nous voici – et nos pas d’hommes vers l’issue. C’est assez d’engranger, il est temps d’éventer et d’honorer notre aire.


Demain , les grands orages maraudeurs , et l'éclair au travail … le caducée du ciel descend marquer la terre de son chiffre . L'alliance est fondée .


« Ah ! qu’une élite aussi se lève, de très grands arbres sur la terre, comme tribu de grandes âmes et qui nous tiennent en leur conseil… Et la sévérité du soir descende, avec l’aveu de sa douceur, sur les chemins de pierre brûlante éclairés de lavande…


Frémissements alors , à la plus haute tige engluée d'ambre , de la plus haute feuille mi-déliée sur son onglet d'ivoire .


« Et nos actes s’éloignent dans leurs vergers d’éclairs…


« À d’autres d’édifier, parmi les schistes et les laves. À d’autres de lever les marbres à la ville.


Pour nous chante déjà plus hautaine aventure . Route frayée de main nouvelle , et feux portés de cime en cime …


Et ce ne sont point là chansons de toile pour gynécée , ni chansons de veillée , dites chansons de Reine de Hongrie , pour égrener le maïs rouge au fil rouillé des vieilles rapières de famille ,


Mais chant plus grave , et d'autre glaive , comme chant d'honneur et de grand âge , et chant du Maître , seul au soir , à se frayer sa route devant l'âtre


– fierté de l'âme devant l'âme et fierté d'âme grandissante dans l'épée grande et bleue .


Et nos pensées déjà se lèvent dans la nuit comme les hommes de grande tente , avant le jour , qui marchent au ciel rouge portant leur selle sur l'épaule gauche


Voici les lieux que nous laissons . Les fruits du sol sont sous nos murs , les eaux du ciel dans nos citernes , et les grandes meules de porphyre reposent sur le sable .


L'offrande , ô nuit , où la porter ? et la louange , la fier ?…Nous élevons à bout de bras , sur le plat de nos mains , comme couvée d'ailes naissantes, ce coeur enténébré de l'homme où fut l'avide , l'ardent , et tant d'amour irrévélé …


Écoute , ô nuit , dans les préaux déserts et sous les arches solitaires , parmi les ruines saintes et l'émiettement des vieilles termitières , le grand pas souverain de l'âme sans tanière ,


Comme aux dalles de bronze où rôderait un fauve .


Grand âge,nous voici.Prenez mesure du coeur d'homme ."

  • BEGUERIE 24 mar. 2018, 05:16 1

    C’est au cours d’unInsomnie trop fidèle que m’est revenue un bribe de ce poème. Mon cœur me parlait de nomadisme et de cette page de St John Perse . J’ai tapé 2 mots qui me tournaient dans la tête : vieilles termitières .... et je sui tombé avec grâce sur ce poème lu il y a une quarantaine d’années qui m’a marqué à vie .
    Merci

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