Association Encrier - Poésies et quelques textes

Rencontre avec Saint-John Perse (1887 - 1975): III et IV de "Pour fêter une enfance"(King Light's Settlements)-1907

III


... Puis ces mouches, cette sorte de mouches, et le dernier étage du jardin... On appelle. J’irai... Je parle dans l’estime.

– Sinon l’enfance, qu’y avait-il alors qu’il n’y a plus ?

Plaintes ! Pentes ! Il y

avait plus d’ordre ! Et tout n’était que règnes et confins de lueurs. Et l’ombre et la lumière alors étaient plus près d’être une même chose... Je parle d’une estime... Aux lisières le fruit

pouvait choir

sans que la joie pourrît au rebord de nos lèvres.

Et les hommes remuaient plus d’ombre avec une bouche plus grave, les femmes plus de songe avec des bras plus lents.

...Croissent mes membres, et pèsent, nourris d’âge ! Je ne connaîtrai plus qu’aucun lieu de moulins et de cannes, pour le songe des enfants, fût en eaux vives et chantantes ainsi distribué... À droite

on rentrait le café, à gauche le manioc

(ô toiles que l’on plie, ô choses élogieuses !)

Et par ici étaient les chevaux bien marqués, les mulets au poil ras, et par là-bas les bœufs ;

ici les fouets, et là le cri de l’oiseau Annaô – et là encore la blessure des cannes au moulin.

Et un nuage

violet et jaune, couleur d’icaque, s’il s’arrêtait soudain à couronner le volcan d’or,

appelait-par-leur-nom, du fond des cases,

les servantes !

Sinon l’enfance, qu’y avait-il alors qu’il n’y a plus ?...

  IV


Et tout n’était que règnes et confins de lueurs. Et les troupeaux montaient, les vaches sentaient le sirop-de-batterie... Croissent mes membres et pèsent, nourris d’âge ! Je me souviens des pleurs

d’un jour trop beau dans trop d’effroi, dans trop d’effroi !... du ciel blanc, ô silence ! qui flamba comme un regard de fièvre... Je pleure comme je pleure, au creux de vieilles douces mains.. . Oh ! c’est un pur sanglot, qui ne veut être secouru, oh ! ce n’est pas cela, et qui déjà berce mon front comme une grosse étoile du matin.

... Que ta mère était belle, était pâle

lorsque si grande et lasse, à se pencher,

elle assurait ton lourd chapeau de paille ou de soleil, coiffé d’une double feuille de siguine,

et que, perçant un rêve aux ombres dévoué, l’éclat des mousselines

inondait ton sommeil !

...Ma bonne était métisse et sentait le ricin ; toujours j’ai vu qu’il y avait les perles d’une sueur brillante sur son front, à l’entour de ses yeux – et si tiède, sa bouche avait le goût des pommes-rose, dans la rivière, avant midi.

... Mais de l’aïeule jaunissante

et qui si bien savait soigner la piqûre des moustiques, je dirai qu’on est belle, quand on a des bas blancs, et que s’en vient, par la persienne, la sage fleur de feu vers vos longues paupières

d’ivoire.

... Et je n’ai pas connu toutes Leurs voix, et je n’ai pas connu toutes les femmes, tous les hommes qui servaient dans la haute demeure

de bois ; mais pour longtemps encore j’ai mémoire

des faces insonores, couleur de papaye et d’ennui, qui s’arrêtaient derrière nos chaises comme des astres morts.

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