Association Encrier - Poésies

Rencontre avec Stéphane Mallarmé Rencontre avec Stéphane Mallarmé : Hérodiade

Écoutez Arlette Thomas

Hérodiade-Scène (extrait)

Oui, c'est pour moi, pour moi, que je fleuris, déserte !

Vous le savez, jardins d'améthyste, enfouis

Sans fin dans de savants abîmes éblouis,

Ors ignorés, gardant votre antique lumière

Sous le sombre sommeil d'une terre première,

Vous, pierres où mes yeux comme de purs bijoux

Empruntent leur clarté mélodieuse, et vous

Métaux qui donnez à ma jeune chevelure

Une splendeur fatale et sa massive allure !

Quant à toi, femme née en des siècles malins

Pour la méchanceté des antres sibyllins,

Qui parles d'un mortel ! selon qui, des calices

De mes robes, arôme aux farouches délices,

Sortirait le frisson blanc de ma nudité,

Prophétise que si le tiède azur d'été,

Vers lui nativement la femme se dévoile,

Me voit dans ma pudeur grelottante d'étoile,

Je meurs !

                    J'aime l'horreur d'être vierge et je veux

Vivre parmi l'effroi que me font mes cheveux Pour,

le soir, retirée en ma couche, reptile

Inviolé sentir en la chair inutile

Le froid scintillement de ta pâle clarté

Toi qui te meurs, toi qui brûles de chasteté,

Nuit blanche de glaçons et de neige cruelle !

Et ta soeur solitaire, ô ma soeur éternelle

Mon rêve montera vers toi : telle déjà,

Rare limpidité d'un coeur qui le songea,

Je me crois seule en ma monotone patrie

Et tout, autour de moi, vit dans l'idolâtrie

D'un miroir qui reflète en son calme dormant

Hérodiade au clair regard de diamant...

O charme dernier, oui ! je le sens, je suis seule.

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