Association Encrier - Poésies et quelques textes

Rencontre avec Verlaine : À Eugène Carrière Les Sages d'autrefois ...

À Eugène Carrière

Les Sages d’autrefois, qui valaient bien ceux-ci,

Crurent, et c’est un point encor mal éclairci,

Lire au ciel les bonheurs ainsi que les désastres,

Et que chaque âme était liée à l’un des astres.

(On a beaucoup raillé, sans penser que souvent

Le rire est ridicule autant que décevant,

Cette explication du mystère nocturne.)

Or ceux-là qui sont nés sous le signe Saturne,

Fauve planète, chère aux nécromanciens,

Ont entre tous, d’après les grimoires anciens,

Bonne part de malheur et bonne part de bile.

L’Imagination, inquiète et débile,

Vient rendre nul en eux l’effort de la Raison.

Dans leurs veines, le sang, subtil comme un poison,

Brûlant comme une lave, et rare, coule et roule

En grésillant leur triste Idéal qui s’écroule.

Tels les Saturniens doivent souffrir et tels

Mourir, — en admettant que nous soyons mortels, —

Leur plan de vie étant dessiné ligne à ligne

Par la logique d’une Influence maligne.

Verlaine-Poèmes saturniens

(Poème mis en épigraphe de la deuxième partie : Saturne , astre de la mélancolie du livre Saturne et la Mélancolie de Raymond Klibansky , Erwin Panofsky et Fritz Saxl )

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