Encrier 87

Textes de la 6° semaine de confinement Texte de Lilah du 22 avril

Vos mots s’impatientent , séquestrés depuis la semaine dernière dans ma boite à bijoux .

En soulevant ce matin le couvercle , ils me sautent dans les bras mais les bijoux , depuis si longtemps endormis me sautent , eux en mémoire .

— La bague de maman : tiens , je viens d’écrire maman, c’est si rare de ne pas l’appeler ma mère!

maman , partie il y a plus de 30 ans !

La bague qu’elle s’était fait offrir par son mari , un saphir serti de diamants , une bague qui démontrait que cette femme n’était pas n’importe qui . La monture ne m’a jamais plu ; ses espèces de crochets , pour ne pas risquer de perdre une pierre précieuse me choquaient .

J’ai hérité de la bague , elle dort dans la boite.

— Mes anneaux en or , achetés dans une période si difficile . Quand , dans le miroir , je les voyais à mes oreilles, je savais que le visage qui les portait était le mien !

— Et ce petit pendentif , une raquette de tennis , en argent , un cadeau de …

— Deux petits animaux découpés dans une feutrine orange vif , peut-être un couple de chevaux ou bien de chats , cadeau d’amour de mon tout petit enfant qui voulait peut-être me dire …

— Une bague , plutôt un jonc , enserrant autrefois une pierre sans valeur , aujourd’hui absente ; le seul bien que mon père qui le portait à l’annulaire a pu offrir à ma mère quand ils se sont connus . Pour mes 30 ans , j’ai reçu ce jonc entourant alors un vrai diamant de beaucoup de carats . Je n’ai pas pu porter ce cadeau . Après avoir perdu mes deux parents , j ‘ai osé faire enlever le diamant et demander au bijoutier de l’insérer dans une bague que j’ai choisie . Je regrette aujourd’hui .

— Et ce collier offert par des collègues quand j’ai pris ma retraite ; trop de personnes que je n’appréciais pas s’étaient cotisées , je n’ai pas pu le porter … trop près du coeur .

— Cette médaille et son ruban tricolore, gagnée à un grand tournoi de tennis régional, j’avais 40 ans , quelle fierté alors !

— Enfin ces colliers africains , que je me suis offerts et que je porte encore : je les trouve si beaux , toujours attirée que je suis par ce qui vient de « là-bas »

Que faire maintenant de tous ces bijoux exhumés du passé ? — si ce n’est écrire !


Heureusement , vos mots offerts me sautent aux joues , comme des enfants pleins de vie :

  • DISSIPER

--Dissiper la sombritude de ce qui ne devait jamais se savoir de l’histoire, la grande et aussi la petite , y glisser un rai de lumière ,

enlever le R au mot et le changer en E pour donner :

-- Dissipée , oui je l’ étais en 5ième , au dernier rang de la classe, toujours en bavardages avec Geneviève G , ma copine du moment , mise à pied pour une semaine , parce que sur les bancs publics du jardin d’Orsay , avec son amoureux , elle avait…et elle avait été vue !

  • LE RODÉO AU CLAIR DE LUNE

quand ,monitrice de colo , à 20 ans , nous marchions , les nuits de congés , sur l' autoroute à la frontière suisse , mues par la FUREUR de vivre sur le fil d'un danger irréversible ...

  • Le MASQUE

porté longtemps pour avancer cachée , assez naÏve alors pour imaginer que les gens n’y verraient que du feu !


Après tous ces chemins empruntés , dans tous les SENS , un autre chemin s’est ouvert sous mes pas ; ce n’est pas celui de la sagesse , qui ressemble trop à la mort comme dirait Bobin, mais celui de la folie , pas celle que l’on subit , mais la folie avec laquelle on danse .


PS: les points de suspension sont là pour taire le trop intime.

Commentaires 2

  • Anonyme

    Danser avec la folie, quel joli programme... Quel doux partage au travers de ces "précieux" qui portent chacun un petit bout d'histoire, avec pudeur mais franchise. Un puzzle en cours...en ce moment on a le temps de retrouver quelques morceaux.

    Anonyme

  • frédérique

    se sentir fédérer par une main qui est le bijou, et la danse de la folie. C'est doux,, c'est consolateur, et aussi ça donné l'énergie d'un jus d'orange frais ou d'un plateau d'huites avec un ballon de blanc.

    frédérique

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