Encrier 87

Textes des 3°et4° semaines de confinement Texte de Lilah du 2 avril

Dans le quartier , on l’appelle la foldingue . J’ai appris qu' elle a toujours logé dans cette maison de famille , où des générations se sont succédé . Dans le temps , c’était une belle maison bourgeoise , implantée dans le quartier chic de la ville , là où habitent les notables . Elle vit là avec son vieux frère célibataire depuis la mort de leurs parents , elle y a eu un fils unique , mort du sida paraît-il.

Je viens d’acquérir la maison mitoyenne . Entre nos jardins , côté cour , le mur de séparation en pierre , de 2 m de haut , s’écroule , et mes vendeurs m’ont prévenu le jour de la signature : « votre voisine n’engagera aucun frais pour le restaurer » . J’apprends par d’autres voisins que la foldingue n’a jamais gagné sa vie , que la relation à son frère a toujours été louche , qu’elle ne semble pas dangereuse pour l’environnement mais on insiste sur le fait que sa présence.... dévalue le quartier..... (!)

Faut dire que si je viens d’acquérir cette maison de 1850 , dans cet environnement cossu , entièrement restaurée par un archi d’intérieur , c’est surtout pour enfin appartenir à cette classe sociale , le combat acharné de toute une vie .....!

La foldingue m’intrigue : je la regarde vivre dans son jardin à l’abandon de ma fenêtre du 1er étage . Elle qui ne regarde personne dans la rue, qui marche courbée , dans je jardin elle est droite , et je l’entends dire plusieurs fois par jour , d’une voix d’une douceur inattendue : « viens mon petit , n’aie pas peur , viens »

Un chat maigre , noir, accourt , se jette sur les granulés et la femme le regarde longtemps, longtemps , silencieuse et souriante à la fois , un sourire étrange , plein d ‘ une douceur à laquelle on ne s’attend pas !

Subitement , une tout autre histoire de cette femme me saute au coeur : que ressent -elle quand elle nourrit ce chat ? et si c’était à son petit qu’elle s’adressait , celui qu’elle n’a pas su protéger de l' histoire familiale , dont les racines s’étendent si loin ! et si c’était le destin autre de son petit qu’elle écrivait chaque jour en nourrissant l’animal avec amour !


. Il faut être fou pour imaginer une histoire pareille ; j’essaie de me persuader de cette vérité-là, mais c’est plus fort que moi : imaginer , comme on me l'a raconté , «son petit » abandonné par sa famille , mort à 20 ans dans les bras de son ami , parce que dans les années 85 , une famille respectable, avec pignon sur rue , ne pouvait accepter ce fils , porteur de tous les espoirs familiaux , dans les bras d’un homme !

Je lutte pour combattre ces idées qui m ‘assaillent mais elles sont plus fortes que moi ; les raisons qui m’ont conduite à choisir l’entresoi du quartier chic s’écroulent comme le mur entre nos 2 maisons .

Je laisserai s’ abattre le mur de séparation , je laisserai circuler le souffle de vie !

Commentaires 1

  • Frédérique

    elle est douce de ce vent qui circule entre les deux jardins, d'une folie de rêves qui élabore une autre forme au réel. Un chat gris vient saluer les voisines.

    Frédérique

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