Association Encrier - Poésies et quelques textes

Rencontre avec Giorgo Caproni (1912-1990): Le dernier bourg

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LE DERNIER BOURG

Ils s’étaient arrêtés à une table

D’auberge.

                    La route

Avait été longue.

                              Les pierres.

Les fissures de l’asphalte.

                                             Les ponts

Plus d’une fois détruits

Ou branlants.


                        Ils avaient

Les os brisés.

                        Et muets

Depuis le départ, ils dînaient

La tête basse, chacun

Enveloppé dans le nuage vide

De ses pensées.


                            Que dire.


Ils avaient fouillé broussailles

Et fourrés.

                   Ils avaient

Arrêté des gens — demandé

Aux habitants.


                          Partout

Seulement des traces évasives

Et de vagues indices — renseignements

Réticents ou de toute façon

Peu dignes de foi.


                              Maintenant

Ils savaient que c’était là

Le dernier bourg.

                              Un bout de chemin

Encore, puis la frontière

Et l’autre terre : les lieux

Sans juridiction.


                              C’était l’heure

Entre la dernière hirondelle

Et la première noctule.

                                         Une heure

Déjà mouillée d’herbe

Et (on entendait son écroulement

En bas dans la gorge) d’eau

Dans sa ruine lointaine.

Giorgio Caproni, Poesie 1932-1986 Milano, 1989, in Anthologie bilingue de la poésie italienne, Bibliothèque de la Pléiade, Éditions Gallimard, 1994, pp. 1363-1365.

(Traduction de Philippe Renard et Bernard Simeone.)

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