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Rencontre avec Miro :Le carnaval d'Arlequin

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LE CARNAVAL D'ARLEQUIN -1924-1925 Huile sur toile 66x93cm Allbright-Knox Gallery , Buffalo

Fantasia , fête , le Carnaval d’Arlequin est un véritable délire . Une foire chez les saltimbanques , un carrosse du Saint-Sacrement chez les infusoires . Pantomime effrénée qui ramène de la lointaine Espagne coloniale et baroque les contorsions et les vives couleurs . Dans cette boîte classique , grise et ocre , tout est instable sauf une table et une fenêtre ouverte sur un ciel bleu nuit où clignent des comètes . Le rideau vient de s’ouvrir et une escouade d’insectes jaunes , d’animaux déguisés , découpés dans des morceaux scintillants de boîtes de conserves passés à l’aniline bleue, s’exercent au saut de la puce . Les dés débordent de malice , les sangsues se dressent à la verticale , les broches ferraillent , le paysan catalan pris de vin braille , la guitare à la main , la lune bleue , le soleil rouge télescopés d’étonnement se prennent à loucher . Les yeux n’en croient pas leurs oreilles . Fort heureusement , une échelle porteuse d’un pavillon permet d’échapper à ce tintamarre de mécanique déréglée . L’année 1925 est marquée par cette diablerie, par ce spectacle merveilleux , libre , merveilleusement libre . Il n’y a pas de si grand taciturne qu’un jour il ne puisse éclater de rire , mais alors son rire est strident et il sonne faux .

(Texte de Guy Weelen)

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Détail

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Commentaire trouvé sur le site http://kartavoir.blogspot.fr/ :

En 1925, alors que Joan Miró travaille à Paris, il va se trouver un style personnel. Sous l'influence des peintres surréalistes, il peint des univers peuplés de créatures étranges qui semblent sortir d'un «rêve éveillé»: Le Carnaval d'Arlequin en est le meilleur exemple.

Miro l'exécute à une époque de sa vie économiquement difficile où il ne mange pas à sa faim. Il mange tellement peu qu’il dit souffrir d’hallucinations. C’est cette pénurie alimentaire qui va lui inspirer l’idée de cette toile, le Carnaval d’Arlequin  : « J'ai essayé de traduire les hallucinations que la faim produisait. Je ne peignais pas ce que je voyais en rêve ... , mais ce que la faim produisait : une forme de transe ressemblant à ce que ressentent les orientaux. »

 Les personnages principaux du tableau sont un automate qui joue de la guitare et un arlequin avec de grandes moustaches. Il y a aussi de nombreux détails d'imagination répartis sur toute la toile : un oiseau aux ailes bleues sorties d'un œuf, un couple de chats jouant avec une pelote de laine, un poisson volant, un insecte qui sort d'un dé, une échelle avec une grande oreille, et, sur la partie supérieure droite, on voit au travers d'une fenêtre une forme conique supposée représenter la tour Eiffel.

Les nombreux personnages et objets créent le désordre apparent de cette chambre avec une petite fenêtre. Miró utilise également des éléments graphiques qui reviendront dans la plupart de ses œuvres futures, étoiles, yeux, disques, équerres et lignes noires.

Dans ce tableau, Miró ne tient pas compte des dimensions réelles des objets : «Pour moi, écrit-il, un brin d'herbe a plus d'importance qu'un arbre, un petit caillou qu'une montagne, une petite libellule a autant d'importance qu'un aigle.»

On pourrait penser que  tous ces éléments sont sans aucun rapport et paraissent être le fruit du hasard et de l'inspiration immédiate de l'artiste. Mais les croquis et esquisses montrent que ce hasard apparent est le fruit d'une composition précise, ce qui est contraire à l’esprit des peintres surréalistes.

Le tableau remporta un vif succès auprès du public et des critiques lors de l'exposition "Peinture surréaliste" à la galerie Pierre, à Paris.

La toile fut exposée à côté d'œuvres de Giorgio de Chirico, Paul Klee, Man Ray, Pablo Picasso et Max Ernst. Cette toile surréaliste est encore considérée aujourd'hui comme l’une des plus abouties de l’artiste, et la plus intéressante de sa période "surréaliste"

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