Association Encrier - Poésies et quelques textes

Rencontre avec Novalis (1772-1801) : Les Hymnes à la nuit VI (traduction de Paul Morisse)

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HYMNE VI

Descendons dans le sein de la terre, quittons l’empire de la Lumière ! La fureur et les coups violents de la Douleur, voilà le signal du joyeux départ. Nous arriverons dans l’étroite barque rapidement au rivage du Ciel.

Que la Nuit éternelle soit louée, loué l’éternel Sommeil ! La chaleur du Jour nous a épuisés, harassés le long souci. Le goût du pays étranger nous a quittés, nous voulons retourner à la maison du Père.

Que pouvons-nous en ce monde, avec notre amour et notre fidélité ? L’Ancien est dédaigné, que nous importe le Nouveau ? Oh ! solitaire et profondément affligé demeure celui qui aime ardemment et pieusement l’Antiquité.

L’Antiquité, où, lumineuses, les pensées brûlaient avec de hautes flammes, où les hommes reconnaissaient encore la main et la face du Père et où, d’un esprit supérieur, simplement, plus d’un ressemblait à sa primitive image,

L’Antiquité où, riches en floraisons, des races fort anciennes resplendissaient, où des enfants pour entrer dans le royaume du ciel réclamaient torture et mort, et où, quoi que pussent encore dire le plaisir et la vie, plus d’un cœur d’amour se brisa,

L’Antiquité où, dans le feu de la jeunesse, Dieu lui-même s’est révélé et, à une mort précoce, par la force de l’amour a voué sa chère vie, n’éloignant de lui nulle angoisse et douleur afin de nous demeurer plus cher ;

Avec un désir anxieux nous la voyons enveloppée dans la sombre Nuit, et jamais en ce bas monde notre soif ardente n’est apaisée. Nous voulons retourner dans notre patrie afin de contempler cette époque sacrée.

Qui retarde ainsi notre retour ? Ceux que nous aimâmes depuis longtemps reposent. Leur tombeau est le terme de notre course. Maintenant l’Angoisse et la Douleur nous étreignent. Nous n’avons plus rien à chercher, le cœur est repu, le Monde est vide.

Infini, mystérieux, nous parcourt un suave émoi. Il me semble, un écho de notre deuil ne s’est-il pas fait entendre au profond lointain. Les Aimés, eux aussi, doivent nous désirer et c’est le souffle de leur désir qu’ils nous envoient.

Descendons vers la douce Fiancée, vers Jésus, notre Amant ! Soyons consolés ! Le crépuscule du soir point pour les Aimés, pour les Affligés : un Rêve rompt nos liens, et nous voici descendre dans le sein du Père.

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