Association Encrier - Poésies

Rencontre avec Robert Desnos Rencontre avec Robert Desnos : De silex et de feu - Extrait

De silex et de feu

La mer ce n’est pas même un miroir sans visage


Un terme de comparaison pour les rêveurs


Un sujet de pensées pour l’engeance des sages


Pas même un lavoir propre à noyer les laveurs


Ce n’est pas un grimoire où dorment des secrets


Une mine à trésor une femme amoureuse


Une tombe où cacher la haine et les regrets


Une coupe où vider l’Amazone et la Meuse


Non la mer c’est la nuit qui dort pendant le jour


C’est un écrin pillé c’est une horloge brève


Non pas même cela ni la mort ni l’amour


La mer n’existe pas car la mer n’est qu’un rêve


Et moi qui l’appelais à l’assaut de la digue


je reste au pied des rocs jonchés de goémon


Tandis que le soleil ouvert comme une figue


saigne sur les tourteaux errant dans le limon


Jamais plus la tempête en sapant les falaises


N’abîmera la ville d’Ys les icebergs


Ne dériveront plus à moins qu’il ne me plaise


De recréer les flots les voiles et les vergues


Déjà sentant la mort et la teinture d’iode


Dans la putréfaction qui comblera les mares


Une flore nouvelle apparaît comme une ode


Vers le ciel impalpable où s’éteignent les phares

Robert Desnos -1929-Recueil Corps et biens